
ULTRA -RICHESSE, ARCHI- CÉLÈBRITRÉ, HYPER LUXE, HAUTE – CONTEMPORANÉITÉ DE L’ART…ET GIGA- DÉFISCALISATION
Deux grandes pages dans Le Monde pour une plongée en apnée dans l’univers impitoyable du luxe, de la célébrité et des féroces magouilles spéculatoires et défiscalsatiores entourant la collectionnose aigue des frères ennemis milliardaires, Pinault et Arnault.
Ainsi Le Monde met les pied dans le plat et contrevient à sa bienveillante bien pensance habituelle concernant la haute culture de classe , inféodée aux idéologes progressistes et financières tout à la fois…Une droitisation de bon aloi, ma foi ! … Pour une fois ! De quoi se plaint-on Gaston ?
« C’est bien de rendre aux artistes une partie de notre réussite économique» – Bernard Arnaud (Ben voyons !)
Voici l’ Article de Raphaelle Baquié et Vanessa Schneider , Le Monde -25 juil 26
Un généreux mécène adepte de la défiscalisation : Bernard Arnault
L’homme le plus riche de France est également l’un des plus grands collectionneurs d’art d’Europe. A travers la Fondation Louis Vuitton, il conjugue son amour des arts avec de très lucratives opérations fiscales
C’est elle que l’on voit en premier. Une toile de toute beauté, accrochée au mur du petit salon qui jouxte le bureau de Bernard Arnault. Sur un
fond bleu-vert, un jeune garçon en costume de marin blanc caresse la tête d’un gros chien. L’œuvre méconnue de Toulouse-Lautrec a été récemment acquise par le géant du luxe. Peint en 1900, L’Enfant au chien n’a pas été vu en France depuis 1914. Quand on lui demande pourquoi il aime ce tableau, si puissant et poétique, la réponse fuse: « Parce que je l’ai acquis à un prix très raisonnable!»
Voilà, en quelques mots, résumée la personnalité d’un homme qui sait si peu exprimer ses émotions et dont le sens du commerce vient se nicher dans chaque décision.
Le PDG de LVMH est l’un des plus grands collectionneurs à titre privé d’Europe et, avec sa Fondation Louis Vuitton, l’un des plus gros acheteurs d’art au monde. Il a souvent raconté sa première acquisition chez Sotheby’s en 1982, un Monet «dont personne ne vouait».
Depuis ,il n’a cessé d’acheter. Au fil des années, il est ainsi devenu l’heureux propriétaire de tableaux de Francis Bacon, de Gerhard Richter, de David Hockney, de Mark Rothko ou de Damien Hirst. Il est également en possession de plusieurs pièces de Christian Boltanski, de Guillaume Bresson et de jeff Koons.
Dans son hôtel particulier, situé cans le 6e arrondissement de Paris. les invités peuvent admirer les toiles de maîtres qui ornent chaque mur ou presque. Ici un Fernand Léger, là un Picasso, puis un deuxième, un Juan Miro, un Basquiat – dont il est le plus gros acheteur -, une œuvre du peintre argentin Lucio Fontana
Il possède une collection à la valeur inestimable. « L’art, c’est une passion, pas un invesctssement. Je ne reviens jamais sur ce que j »achète », assure Bernard Arnault. A sa collection privée s’ajoutent les trésors achetés par la Fondation Louis Vuitton grâce au regard affûté de Suzanne Pagé, l’ancienne directrice du Musée d’art moderne de Paris aufl a engagée comme directrice artistique. Il faut aussi compter avec les œuvres directement acquises par les grandes marques du groupe pour embellir les boutiques et émerveiller les clients. « C’est bien de rendre aux artistes une partie de notre réussite économique», poursuit le leader mondial du luxe.
Le 26 novembre 2025, les figures et les grands argentiers du monde de la culture étaient réunis à l’Elysée pour assister à l’élévation au grade de commandeur de l’ordre national de la Légion d’honneur d’un inconnu du grand public: Jean-Paul Claverie. Docteur en droit et en médecine, il fut le conseiller de l’ancien ministre de la culture Jack Lang avant de rejoindre Bernard Arnault en 1991. Cheveux teints et élégance soignée, c’est un personnage visionnaire et iconoclaste. Efficace surtout, doté d’un solide carnet d’adresses et qui a le bon goût d’user de son entregent sans faire de l’ombre à ceux qu’il sert.
Depuis leur rencontre, le patron du fleuron mondial du luxe ne peut plus se passer de lui.
C’est avec Claverie qu’il a conçu sa politique en faveur des arts et du mécénat, et surtout la Fondation Louis Vuitton qui accueille – depuis 2014 dans l’époustouflant bâtiment dessiné par l’architecte Frank Gehry – d’extraordinaires expositions, de la collection Cht-choukine aux mobiles de Calder, en passant par David Hockney et Gerhard Richter. C’est lui aussi qui a développé l’implantation du groupe au sein des grandes institutions patrimoniales françaises que sont le château de Versailles et le Louvre.
« LVMH, c’est le ministère de la culture du XXI siècle!», s’enthousiasme ce jour-là le président Emmanuel Macron en décorant l’éminence grise de Bernard Arnault, Ce dernier, accompagné de son épouse, Hélène, et de ses enfants Antoine et Delphine, ne peut s’empêcher d’esquisser un léger sourire: à travers l’éloge à Jean-Paul Claverie, c’est bien à lui que la République rend hommage comme à un acteur essentiel de la culture en France. Les princes savent depuis toujours que leur postérité tient à l’empreinte qu’ils laisseront au travers de l’édification de monuments, d’œuvres d’art ou de récits tissés a leur gloire
Son mentor Claude Bébéar le lui a souvent répété: « L’économie ne laisse pas de traces. …L’art, si ».
Il traverse les siècles comme les noms des grands mécènes: les Médicis ou le roi François I* qui conviait Léonard de Vinci a ses réceptions. Et Bernard Arnault le sait: ne choisit-il pas de consacrer la plupart de ses interviews à la presse à ses goûts esthéti-ques, aux grandes expositions de sa fondation et à ses œuvres favorites? Il y raconte ses visites, enfant, en compagnie de sa mère dans les musées à Lille, Bruxelles ou Amster-dam, ses tribulations dans les ateliers d’artistes new-yorkais, la rencontre avec Bas-quiat et, plus tard, avec Jeff Koons, la visite de l’atelier de Zhang Huan en Chine, sa journée passée avec Balthus à Rossinière, près de Gs-taad en Suisse. Dans son bureau parisien, accroché en majesté, un Rothko dont il est un des grands collectionneurs français, comme François Pinault.
Les frères ennemis Arnault-Pinault
Francois Pinault., éternel rival, dans les affaires comme sur le marché de l’art où les acheteurs sont prêts à toutes les folies pour montrer leur pouvoir. Ce sont pourtant deux collectionneurs très différents. Bernard Arnault, prudent, acquiert des valeurs súres, des artistes établis ou morts, dont la cote est établie.
François Pinault privilégie l’audace, se veut défricheur, avant-gardiste, ne jure que par l’art contemporain. En privé, il se moque de la frilosité de son rival qui lui décoche ses meilleures flèches en retour: « 80 % de ce qu’il a dans le moderne est à mettre au panier, bientot, ca ne vaudra plus rien»
En 1998, quand Pinault achète la maison de vente Christie’s, Bernard Arnault enrage: pas question de laisser seul sur le marché de l’art celui qu’il méprise pour ses origines sociales modestes. L’année suivante, il achète pour 87 millions d’euros la maison Phillips. Un échec: il doit jeter l’éponge après des pertes de plusieurs centaines de millions d’euros.
Mais il ne renonce pas.
Son appétit pour l’art est cependant loin de n’être que vanité. Le polytechnicien à l’apparence rigide aime la compagnie des artistes, apprécie leurs excentricités et leurs débordements, lui qui ne s’en autorise guère. Il a développé une fine connaissance de la peinture du XXe siècle. Mais s’il aime les artistes, l’ingénieur en lui manifeste un intérêt tout particulier pour l’architecture, ses calculs de portance et ses tracés audacieux. Il a fait appel à de grands noms du métier comme Christian de Portzamparc pour construire la tour LVMH à New York, sur la 57* Rue, ou l’agence Sanaa pour édifier l’immeuble Dior à Tokyo.
SON ADMIRATION POUR FRANK GEHRY
Mais c’est à Frank Gehry qu’il voue une véritable admiration. «Il n’a jamais autant travaillé avec quelqu’un qu’avec » l’architecte canado-américain, confie son épouse, Hélène.
Jean-Paul Claverie se souvient de la rencontre Bernard Arnault et Frank Gehry comme si celle-ci avait eu lieu la veille. Il a convaincu le capitaine d’industrie de se rendre a bilbao pour aller voir le Musée Guggenheim. Cet assemblage de verre, de pierre et de titane posé sur l’eau conçu par
Gehry, qui a relancé le tourisme et la réputation d’une ville qui s’enfonçait dans le marasme economique, le subiugue: «comment a-t-il pu imaginer une chose pareille?»
Après leur visite, les deux hommes ont prévu de rejoindre le couturier Karl Lagerfeld dans la superbe propriété que ce dernier, qui travaille non seulement pour Chanel mais aussi pour Fendi, propriété de LVMH, a achetée à Biarritz Habituellement, Lagerfeld n’a pas son pareil pour faire rire «BA» en lui racontant, avec son accent inimitable, ces anecdotes érudites qui font tout son succès, Mais Bernard Arnault est ailleurs, songeur, mutique au point que le couturier s’en inquiète:
«Qu’est-ce qui ne va pas?» Dans l’avion de retour, l’industriel est décidé: « Il faut absolument qu’on rencontre ce type», lache-t-il à Claverie. Un mois plus tard, Gehry est à Paris. C’est lui qui sera l’architecte de ce grand projet que lance le patron de LVMH en 2006-la construction de la Fondation Louis Vuitton pour la création et l’art contemporain, qui sera inaugurée par François Hollande, le20 octobre 2014.
Quelle que soit la sincérité de son goût pour l’art, Bernard Arnault ne fait jamais rien pour la simple beauté du geste. Ses expositions, il les veut les plus somptueuses. Son œil brille lorsqu’il nous tend son portable où figure une photo d’un autoportrait de Van Gogh qui n’a pas été exposé en France depuis 1937 et que le public pourra découvrir lors de la prochaine exposition consacrée à la collection Gustave Fayet. Rien ne l’excite davantage qu’obtenir l’impossible: il lui faut les chefs-d’œuvre les plus rares, le plus grand nombre de tableaux, les collections oubliées. Sans perdre de vue les retombées économiques de ses investissements et, surtout, les avantages fiscaux.
Utiliser au maximum les dispositifs de défiscalisation autorisés
S’il a choisi de crèer une fondation pour abriter son musée, c’est avec l’idée d’utiliser au maximum les dispositifs de défiscalisation autorisés. La loi du 3 aout 2003, dite « loi Aillagon sur le mécénat et les fondations», est selon le rapport de la Cour des comptes de novembre 2018 «l’une des plus incitatives au monde». Chaque somme investie permet une réduction d’impôt sur les sociétés de 60 %. En 2000, un autre texte permettait deja de donner le nom de l’entreprise mécène à une fondation. Ces lois ont convaincu Jean-Paul Claverie et Bernard Arnault de se lancer
dans l’aventue, défisacliser en assurant la promotion de ses marques au travers d’une fondation à son nom, quelle bonne affaire!
Sur les 800 millions d’euros dépensés pour le seul bâtiment de Frank Gehry, 60 % ont ainsi été pris en charge par le contribuable français. La Cour des comptes souligne que les entreprises du groupe LVMH ont réduit leurs impôts de 518 millions d’euros entre 2007 et 2017, au titre des sommes versées à la Fondation Louis Vuitton.
Quand la presse lui en fait la remarque, Bernard Arnault s’agace: il laissera un bâtiment sublime aux Parisiens et l’on voudrait en plus qu’il paye tout de sa poche, quelle ingratitude! Quant à Jean-Paul Claverie, il hausse les épaules: «Que le gou vernement supprime la loi si elle gêne! » Sous-entendu: si les riches entrepreneurs arretent d’investir dans la culture, comment fera l’Etat dont les caisses sont vides?
François Pinault a pourtant fait un autre choix: celui d’ouvrir en 2021 un musee a ses frais plutôt que de choisir le système de la fondation pour abriter ses œuvres et organiser ses expositions. Il s’est fait un malin plaisir de le souligner un jour au micro de France Culture: «je n’ai pas voulu que l’on me dise que l’Etat finançait mes petites lubies artistiques pendant que d’autres crèvent la dalle.»
Mais pour Bernard Amnault un sou est un sou.
Avant l’ouverture de sa fondation, il sponsorisait déjà de nombreuses expositions, profitant du même dispositif de défiscalisation de 60 % des sommes engagées. Il a ainsi étendu une véritable emprise sur le Louvre et Versailles, en faisant de ces lieux d’exception des écrins pour promouvoir ses marques.
CHEZ LVMH, TOUT SE RECYCLE
Au titre des «contreparties » à son mécénat, LVMH a pu bénéficier de tarifs très avantageux pour la privatisation d’espaces ou l’organisation de soirées privées. Depuis 2020, une dizaine de défilés Louis Vuitton ont ainsi pris place au Louvre. Le 30 septembre 2025, c’est carrément au cœur des appartements d’été d’Anne d’Autriche, récemment rénovés, que la marque au damier lançait sa collection printemps-été 2026 devant les stars Zendaya et Emma Stone. Quand ce n’est pas Louis Vuitton, c’est Dior qui défile dans la cour Carrée. La maison a en effet financé le réaménagement du jardin des Tuileries aux côtés de Moët Hennessy, Et c’est une autre marque du groupe, Kenzo, qui a contribué au fleurissement du jardin.
En échange, les prestigieuses enseignes organisent au sein du Musée du Louvre des souper fins devant La Joconde ou dans la salle des Cariatides, comme le 14 juin 2024 à l’invitation du joaillier Bulgari. Sans compter le fameux «grand diner» organisé dans la cour Marly par Moët Hennessy, devenu l’un des événements mondains de Paris avec ses 350 invités et la fine fleur du monde de l’entreprise et de la culture.
Plus on s’intéresse aux coups d’éclat de Bernard Arnault en matière de mécénat, plus il est difficile de démêler amour de l’art et sens de l’optimisation fiscale.
Fin octobre 2025, alors que New York se teinte de sa palette automnale, la bonne société américaine se presse autour d’une exposition un peu particulière au cinquième étage de la luxueuse boutique Louis Vuitton. Au centre de Tatten-tion, la Partie de bateau, une œuvre du peintre Gustave Caillebotte (1848-1894) qui fut, fronie du sort, lui aussi mécène de son temps.
Cette exposition temporaire est présentée ce jour-la comme « un cadeau fait aux New-Yorkais et à tous ceux qui visitent la ville » par un Jean-Paul Claverie frétillant. Une opération qui illustre parfaitement le mélange des genres cher à LVMH au carrefour du mécénat, de la communication et de la défiscalisation.
La juteuse opépation Caillebotte
Car si le Caillebotte crée l’événement, c’est parce que le tableau a été acquis début 2023 par le Musée d’Orsay «grâce au généreux mécénat de LVMH», s’était félicitée la ministre de la culture d’alors, Rima Abdul Malak, le je février 2023. Le chèque de 43 mllilions d’euros signé par l’empire de luxe avait été salué. Ce qui a été moins souligné, c’est que le tableau de ce rameur en bras de chemise et chapeau haut-de-forme ne lui a coûté «que» 4.3 millions d’euros grâce à un autre dispositif fiscal qui n’a pas echappe a la sagacité de cet amoureux des arts. Pour faciliter l’acquisition par l’Etat de biens classés «trésor national», la loi du 4 janvier 2002 sur les musées de France ouvre droit à une réduction de l’impôt sur les sociétés égale à… 90 % des versements effectués
L’entreprise ne contribue en fin de compte qu’à 10% de l’acquisition de l’œuvre, le reste étant à la charge des contribuables. Un système parfaitement légal qui arrange en réalité tout le monde: les musées qui ne disposent pas du budget adéquat pour se position• ner sur un marché de l’art devenu délirant, l’Etat surendetté qui ne peut décaisser de telles sommes et qui parvient néanmoins a garder sur son sol des œuvres patrimoniales. Et Bernard Arnault et son empire, bien súr, qui peuvent s’inscrire à peu de frais dans la tradition des bienfaiteurs de la culture.
Rien ne se perd, tout se recycle chez IVMH tant l’art et le luxe font bon ménage.
Le 27 juin 2025, ils sont allés loin dans l’audace avec la présentation de la première collection Dior homme par le styliste Jonathan Ander-son. Un enjeu colossal pour le Britannique de 41 ans connu pour sa créativité débridée, mais surtout pour le groupe qui, en ces temps plus compliqués pour la mode, ne peut pas se permettre un échec. Pour l’intronisation de sa nouvelle recrue, Dior n’a donc pas lésiné: une immense boite rectangulaire a été montée sur l’esplanade des Invalides à quelques mètres du tombeau de Napoleon.
Au premier rang du public, Bernard Arnault a pris place à côté de la chanteuse Rihanna, du joueur de tennis Roger Federer, des acteurs Robert Pattinson et Daniel Craig et des designers Pharrell Williams et Michael Rider, tous amis ou sous contrat avec le groupe. Des œuvres attirent l’œil des specta-teurs: des natures mortes du peintre Jean Siméon Chardin (1699-1779) dont Le Panier de fraises des bois acquis en 2023 par le Louvre grace aux 15 millions d’euros apportés par LVMH afin d’éviter qu’il ne soit acheté par un musée américain. Un coup de pouce alors hautement médiatisé qui permet au groupe la fameuse déduction fiscale à hauteur de 90 % sur l’impôt sur les sociétés. L’œuvre appartient au musée, mais qui refuserait de la lui prêter après un tel acte de générosité?
A l’inverse de certaines grandes fortunes qui, comme la famille Bettencourt, financent discrètement de nombreuses causes dans le domaine de la santé et de la recherche médicale notamment, le patron de LVMH veille à faire connaître ses bonnes actions. Exaspéré même qu’on ne le loue pas plus pour ses dons. Après l’incendie de Notre-Dame de Pa-ris, le 15 avril 2019, et afin de ne pas être en reste vis-à-vis de François Pinault, les Arnault et le groupe LVMH ont ainsi fait la publicité d’un chèque de 200 millions d’euros pour la reconstruction de la cathédrale.
Conscient de la mauvaise image dont souffre son père, Antoine Arnault l’a récemment convaincu de soutenir certaines causes plus sociales. Bernard Arnault a ainsi fait un don de 10 millions d’euros aux Restos du cœur
en 2023, annoncé à grand renfort de com-munication, et a financé un programme à destination des femmes au sein du Samuso-cial. Des sommes non défiscalisées cettefois, selon LvMn
Son fils aîné l’a également poussé à investir dans des sports plus populaires que les coûteuses régates ou courses de formule 1. L’investissement massif de LVMH dans les jeux olympiques de 2024 est à cet égard emblématique de cette recherche de nouveaux engagements sans perdre de vue l’intérêt du groupe.
LE GRAND FESTIVAL DES JO
Quand le Comité d’organisation des jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024(Cojop), soucieux d’engranger des sponsors «premium», contacte LVMH, l’empire du luxe lui oppose d’abord une fin de non-rece-voir. Les jeux sont alors annoncés comme une catastrophe industrielle. Tony Estan-guet, président du Cojop, soucieux de boucler son budget, met les bouchées doubles
Avant d’étre reçu par Bernard Arnault, il a travaillé son intervention avec un coach: il sait qu’il aura peu de temps pour plaider sa cause Il n’oubliera jamais ce «courant d’air glacé» qui accompagne l’entrée du milliardaire dans chaque réunion où il se rend.
L’ancien athlète de haut niveau garde son calme et joue sa carte: les jeux olympiques seront une formidable mise en avant du savoir-faire et des métiers d’art français et les marques du groupe en sont la meilleure in-carnation, explique-t-il. Bernard Arnault et son fils Antoine commencent à être séduits, mais, en interne, les cadres du groupe rechignent encore car le coût de l’opération est élevé: 150 millions d’euros. Emmanuel Macron et la maire de Paris, Anne Hidalgo, mettent alors tout leur poids dans la balance pour faire fléchir le géant du luxe En homme d’affaires avisé, il comprend vite que, face à un Etat aux abois financière-ment, il va pouvoir imposer ses conditions
Les marques de la galaxie LVMH se disputent pour obtenir une visibilité maximale
Berluti, chère à Antoine, qui l’a dirigée, habillera les athlètes pour les cérémonies et les réceptions, Dior vêtira de ses robes les stars Aya Nakamura, Lady Gaga et Céline Dion, les médailles seront frappées par la maison Chaumet, le champagne Moet & Chandon coulera à flots dans les tribunes VIP, Sephora accompagnera la flamme olympique dans son tour de France, flamme elle-même transportée dans une malle Louis Vuitton
qui produit également les plateaux destinés à poser les médailles. Jamais un partenaire n’avait obtenu de tels avantages. Pour ce faire, il a fallu obtenir des dérogations du Comité international olympique (CIO). Car le règlement est très strict sur l’interdiction des marques dans les enceintes olympiques.
Mais pas grand-chose ne résiste à LVMH. Mi-décembre 2022, Bernard Arnault et son fils Antoine privatisent la fondation pour faire
VISALC5
au président du CIO l’exposition
Claude Monet et Joan Mitchell avant un déjeuner au Cheval Blanc, le restaurant trois étoiles situé au septième étage de la Samari taine. Au terme d’un habile bras de fer, Louis Vuitton a finalement été autorisé à apposer son célèbre damier sur les malles et les plateaux à condition d’y enlever ses initiales
Les sponsors historiques des jO comme Coca-Cola ou Visa sont furieux.
Le groupe a également âprement négocié les lieux de passage de la flamme olympique
Les porteurs s’arrêtent ainsi devant les gran des propriétés LVMH comme autant de stations d’un pèlerinage: traversée des vignes du Château Cheval-Blanc à Saint-Emilion (Gi-ronde), arrêt devant le Musée Christian-Dior à Granville (Manche), et à Epernay (Marne), devant les grilles de Moët & Chandon. A Pa-ris, c’est le grand festival, retransmis sur les
televisions au monde entier ; La flamme passe devant la fondation, la Samaritaine et, bien sûr, les Champs-Elysées qui abritent les boutiques les plus spectaculaires du groupe.
Jamais, ou presque, on aura autant vu, sur toute la planète, les logos du groupe
Cette réussite a ouvert la voie à de nouvelles actions pour la famille. Dès 2022, l’Ecole polytechnique et le ministre de la défense de l’époque, Sébastien Lecornu, étaient venus solliciter Bernard Arnault afin qu’il finance les rénovations de la prestigieuse école. Chaque année, des élèves contestent la présence du géant du luxe ou du patron de Total Energies, Patrick Pouyanné, dans le financement des chaires scientifiques de l’école.
L’ancien polytechnicien Arnault sen agace, mais a cependant accepté, via la holding Familiale Agache, dont son fils Frédéric, lui aussi ancien élève de l’X, est le directeur général, de donner 50 millions d’euros à l’école française la plus en vue. L’X pourra ainsi créer un institut de recherche des sciences mathématiques et fondamentales qui portera le nom de… Bernard Arnault. C’est le don privé le plus impor tant réalisé pour la recherche française. «Cest du patriotisme», a salué Sébastien Lecornu, devenu premier ministre, en se félicitant le 2 juillet de cet apport historique. LVMH n’a pas encore décidé d’avoir ou non recours aux dispositifs de défiscalisation
La famille s’est aussi lancée dans l’acquisition en 2025.
d’un club de football, le Paris FC. Cette fois, il s’agit davantage d’une affaire d’image. Mais plus encore de paix à l’intérieur du clan Arnault. Quel meilleur ci-ment, en effet, que le football pour recréer des liens dans une fratrie fragilisée par la guerre de succession qui s’annonce?