
Laurent Danchin nous rappelait que le rejet de l’art contemporain n’était pas , l’apanage des incultes, des populistes , du ruraux et des réactionnaires de toutes espèces … Non , il existe bien un rejet cultivé….
Cette conférence de Laurent Danchin s’est faite le 23 janvier 2013, dans le cadre d’un colloque au Sénat intitulé: « 30 ans de culture dirigée ; Constat, conséquences et perspectives : 1982-2013 » et « modéré » par Christine Sourgins
Ce que nous a dit alors notre regretté ami Laurent Danchin (décédé en janvier 2017) nous permet , 13 ans plus tard , d’envisager sans apitoiement excessif l’extinction prochaine de l’art dit contemporain, devenu ringart et beaucoup trop coûteux pour le contribuable
Le texte qui suit est un document inédit, car c’est la première fois que cette conférence audio est mise en écrit.
Ce document historique est à conserver précieusement par devers vous et à diffuser sans modération. Un document qui sera versé , je l’espère, aux « Archives de la Critique d’art » .
Le texte de la conférence de Laurent Danchin :
Christine Sourgins
Nous allons compléter ce préambule par l’intervention de Laurent Danchin, qui est à ma droite, qui est historien d’art, spécialiste de l’art brut, commissaire d’exposition à la Halle Saint-Pierre en particulier. Et Laurent Danchin a été l’un des premiers à publier sur le sujet de l’art contemporain en 1989, en même temps qu’une réflexion sur les nouveaux médias. Il avait d’ailleurs trouvé le terme d’AC dès les années quatre-vingt-dix, terme qui n’est pas le seul en piste. Je ne veux surtout pas ouvrir de débat sur ce sujet. Je sais qu’il y a d’autres termes : anart, non-art. Je veux juste faire comprendre que l’art contemporain dont nous allons être amenés à parler n’est pas l’art de tout nos contemporains, mais d’une toute petite partie, c’est-à-dire essentiellement les conceptuels, héritiers plus ou moins abusifs de Duchamp. L’art contemporain n’est plus un terme temporel, mais générique. Et c’est ce genre qui a été choisi et instrumentalisé par l’État comme support principal de l’art officiel et choisi par le grand marché pour être le support de l’art financier.
Alors, Laurent Danchin, vous avez un parcours assez atypique dans l’université, dans le monde de l’art. Qu’est-ce qui vous a conduit à compiler cette bibliographie sur le débat de l’art contemporain ?
Laurent Danchin
Je ne sais pas si mon parcours est atypique. On me l’a souvent dit, pas comme un compliment. En revanche, j’aimerais en dire un mot parce que ça explique un peu la nature de mon rapport à l’art et le côté peut-être un peu décalé que je porte sur ce monde de l’art, n’étant pas moi-même un peintre ni un artiste.
À l’origine, j’ai une formation tout à fait classique. J’ai fait des études de lettres, je venais d’une famille universitaire, donc l’université, je connais bien. J’ai fait Normal Sup, j’ai passé une agrégation de lettres. Normalement, j’aurais dû faire ensuite une carrière universitaire , qui m’a d’ailleurs été proposée. On m’a proposé six postes en sciences humaines à la faculté de Luminy. Et à ce moment-là, dans ma jeunesse, je me suis aperçu que j’étais allergique à une forme de spécialisation, que j’étais un généraliste. Ce qui m’intéressait, c’était de comprendre l’ensemble des liens entre les choses et donc je ne pouvais pas me spécialiser à vie dans un domaine très très limité.
Donc, je me suis retrouvé professeur de lycée et de surcroît, nommé dans un lycée de banlieue, au lycée de Nanterre, qui, comme vous pouvez vous en douter, n’a pas été par la suite des plus faciles. Mais au lieu de le fuir, j’y suis resté trente ans. Je me suis beaucoup attaché à ce milieu et à mes élèves. Et j’ai fini ma carrière d’universitaire en devenant de professeur du secondaire, au lycée de Boulogne-Billancourt, qui était à peine plus calme que le précédent. Voilà, j’ai ainsi une certaine connaissance des marges de la société française et des problèmes des banlieues.
Mais parallèlement, j’ai toujours vécu avec des artistes. Même moi-même, dans ma jeunesse, j’ai beaucoup dessiné, peint pendant une très longue période et mes parents me considéraient plutôt comme quelqu’un qui aurait dû faire les Beaux-Arts. Ce n’est pas ce que j’ai fait. J’ai vécu entouré d’artistes ensuite, d’artistes qui avaient fait les Beaux-Arts, des photographes, des peintres, des dessinateurs, des gens qui faisaient aussi beaucoup de cinéma. Il y n’avait déjà pas tellement de frontières entre ces gens.
Le débarquement spirituel de Chomo »
Et puis en soixante-quinze, j’ai fait la rencontre d’un personnage tout à fait incroyable qui était Chomo. Certains d’entre vous ont peut-être entendu parler de Chomo, qui est un sculpteur ermite , ayant fait les Beaux-Arts et qui s’était réfugié dans la forête de Fontainebleau.
J’étais fasciné par le personnage, par son œuvre. Il vivait dans un dénuement total et je suis devenu un peu son ami pendant de longues années. J’ai fait un livre avec lui. Après sa mort, il y a quelques années, j’ai pu exposer son œuvre à la Halle Saint-Pierre, une expo qui s’appelait Le « Débarquement spirituel. » Bref, j’étais fidèle à l’œuvre de cet homme qui, lui, s’était mis dans les marges de la société de consommation et, vous pouvez l’imaginer, de l’art officiel.
Vers l’art des « marginaux »
Alors, de fil en aiguille, j’ai connu tout un réseau d’artistes, on va dire, très profondément marginaux, avec lesquels je me sentais en harmonie. C’est la raison principale, qui est instinctive au fond, qui fait que je me suis un peu spécialisé là-dedans. Je suis devenu, je suis considéré comme un spécialiste maintenant d’art brut, art singulier, on dit aussi, vous savez, art outsider ou d’une manière générale, l’art des autodidactes.
J’ajouterai que ce n’est pas tellement la notion d’art moi qui m’intéresse, mais la notion de création. Je n’ai pas le temps de développer, mais ce n’est pas tout à fait la même chose. Et euh, j’ai fait un certain nombre de livres, un livre sur Dubuffet, j’ai fait un livre sur euh, l’art brut chez Gallimard récemment, qui s’appelle L’Instinct créateur. J’ai été aussi— on m’a demandé d’être le représentant français de la Revue internationale de l’art brut, qui est la revue Raw Vision, qui se– qui est basée à Londres, qui est une revue donc en langue anglaise, peu connue ici. Et puis, je travaille avec la– assez étroitement avec la collection d’art brut de Lausanne. Et en ce moment, je travaille à un programme sur la sauvegarde des environnements d’art populaire avec les Finlandais. C’est un programme européen qui est appelé à se développer.
Aux antipodes de l’art des élites mondialisées
Alors, tout ça, vous vous doutez que j’ai toujours été aux antipodes de ce côté élitiste, mondain, de ce qu’on appelle l’art contemporain, qui était célébré exclusivement pendant très très longtemps, par les médias et par l’institution. C’est-à-dire qu’il n’y avait qu’une pensée unique, il n’y avait que ce type d’art-là dont on parlait, qui était respecté et mis en valeur. J’ai ai beaucoup souffert personnellement de cette injustice pendant de longues années , alors j’ai voulu défendre avec passion des gens dont je trouvais le travail génial, libre , habité, inventif, et qui n’avaient jamais, jamais, jamais, la moindre ligne dans les médias. Même les premières expos que nous avons faites à la Halle Saint-Pierre n’ont pratiquement pas eu de presse.
Ch.S : Vous passiez pour un populiste.
L.D. : Oui, je passais pour populiste. J’ai même entendu dire que la Halle Saint-Pierre, c’était Front national. Vous savez, il y avait un syllogisme, un, un sophisme, pardon, très simple. C’était : vous n’aimez pas l’art contemporain, euh, Jean-Marie Le Pen l’a dit aussi, donc vous faites le jeu du Front national. Ça s’appelle un sophisme et ça fonctionnait pendant très longtemps.
Pour une critique d’art engagée humainement
Je n’ai jamais cru à l’approche, je pèse mes mots, à l’approche de l’art universitaire, conceptuelle ou théorique, analytique et donc scientifique ou à prétention scientifique ou pseudo-scientifique de la création. Je n’y ai jamais cru. Pour moi, le rapport à l’art est nécessairement subjectif. C’est de l’ordre de la passion et de l’émotion. Ça ne peut pas être un rapport théorique, neutre, objectif, etc. C’est impossible. Face à l’art, on doit prendre parti. On aime ou on n’aime pas et on analyse après pourquoi. Mais contrairement à ce qui est enseigné dans les écoles d’art, on n’apprend pas d’abord pendant de longues années les codes pour ensuite faire des travaux pratiques. Je dis souvent : on fait pas trois années de cours sur le coup de foudre pour ensuite, en quatrième année, essayer de tomber amoureux.
je suis donc pour une critique d’art engagée, et je crois que je la pratique, et je ne suis pas le seul dans cette salle, une critique engagée qui était l’esprit même de Baudelaire, qui, je le rappelle à ceux qui connaîtraient ses « Curiosités esthétiques », disait qu’une critique devait être à 3 P : Partiale, Passionnée, Politique. Je lis en ce moment John Ruskin, qui est vraiment le contemporain de Baudelaire et qui est aussi un très très bon exemple de ce qui doit être une approche engagée de l’art.
Alors, de temps en temps, j’ai écrit quelques textes polémiques, mais ce n’est pas ma préférence parce que je préfère écrire sur les gens que j’aime plutôt qu’écrire sur ce que je n’aime pas. Et il est parfois pénible d’avoir à se pencher, à regarder de près un art parfois qu’on, qu’on réprouve. Et alors, j’ai fait effectivement la métamorphose des médias en quatre-vingt-neuf, décembre quatre-vingt-neuf. C’était juste après le livre de Yves Michaud sur l’artiste et ses commissaires, avec un directeur, un ami à moi, qui était le directeur d’une école de dessin à Lyon, assez révolutionnaire, qui d’ailleurs très bien réussi, qui s’appelle l’école Emile Cohl, qui était une école qui était partie d’un, d’un principe inverse à celui des Beaux-Arts. Aux Beaux-Arts, on n’apprenait plus à dessiner. On avait ringardisé le dessin, la gravure, la peinture, etc. Lui, il est parti du principe inverse. On apprend à dessiner à l’ancienne, c’est-à-dire avec énormément d’exigence. Mais pour le débouché des médias nouveaux, il y avait donc une section illustration, dessin animé, infographie. C’était une des premières écoles en France qui a introduit l’ordinateur, etc. J’ai enseigné cinq ans dans cette école. J’ai enseigné la dramaturgie, la culture générale et j’ai beaucoup appris au contact de cette génération de jeunes artistes dessinateurs très très doués qui pratiquaient toutes les techniques d’aujourd’hui et les techniques anciennes, c’est-à-dire sans exclusion, les anciennes et les nouvelles.
Alors, ce texte, La métamorphose des médias, est en partie une réflexion sur les médias, mais aussi une sorte de pamphlet contre les absurdités qui nous paraissaient tout simplement inintéressantes et dérisoires, les installations et cet art conceptuel qu’on voyait partout. Il était surtout devenu extrêmement scolaire et en particulier dans les écoles d’art. Il y aurait des milliers d’anecdotes à raconter. Le sous-titre du livre était le sens et non-sens de l’art contemporain, quand même.
« Remettre les pendules à l’art »
Et puis, en mars deux mille huit, on a organisé le colloque « Remettre les pendules à l’art » avec Artension » à La Halle Saint-Pierre. C’était un événement assez unique en France, puisqu’on était, si je me rappelle bien, onze auteurs qui ne se connaissaient pas entre eux à l’époque, qui avaient tous séparément, à un moment donné, écrit par un besoin d’exprimer quand même une sorte de révolte et de chercher à comprendre ce qui se passait. Et ça a été une après-midi assez incroyable puisque pour la première fois, on a pu dialoguer entre nous, malgré des points de vue extrêmement divers, évidemment.
Ch. S. : Donc c’est à part cette rencontre que tu as eu l’idée de faire cette bibliographie des dissidents…
LD : Voilà. Donc c’est pour cette rencontre que j’ai voulu réunir dans un petit livre que j’ai appelé « Pour un art post-contemporain ». J’y reviendrai tout à l’heure. Et je réunissais mes textes que j’appelle politiques, c’est-à-dire les rares textes que j’avais faits au fil des années, qui étaient une critique de l’institution et de sa conception de l’art. Et j’ai, pour cette édition, fait cette bibliographie chronologique des textes critiques de l’art contemporain.
C S : Qu’est-ce qui ressort de cette bibliographie ? Qu’est-ce qui t’a émerveillé ?
LD : Au départ, ça venait simplement d’un besoin, suite à la découverte du livre de Jean-Philippe Domecq, « Artistes sans art » , qui était une vraie critique de ce qu’on n’aimait pas dans le système et dont on souffrait. J’ai lu ce livre avec passion
Et puis j’ai commencé à rechercher tous les livres parus sur ce sujet de la résistance à l’art « contemporain ». Il y a eu , par exemple, au début de juillet quatre-vingt-onze, « l’État culturel » de Mars Fumaroli, C’est un livre qui m’a émerveillé, dont j’ai fait une recension enthousiaste dans Artension à l’époque.
Puis « la Comédie de la culture » de Michel Schneider en décembre 93, livre remarquable et vous pouvez trouver sur Internet la vidéo où on voit l’auteur s’en prendre très violemment à Boulez devant un Jacques Lang vert de gris. Grand moment radiophonique qui est intégralement sur Internet, je l’ai en vidéo. C’était avec Pivot, qui lui, voyait passer les balles sans comprendre, en espérant que ça se terminerait très rapidement.
Ce n’était pas un problème droite-gauche,
Et puis ensuite, intéressant aussi, en septembre quatre-vingt-dix-neuf, « « le gouvernement de la culture » » » de Marie-Vonne de Saint-Pulgent, que j’ai lu aussi avec beaucoup d’intérêt. Mais pourquoi ? Parce que là, on voyait clairement Michel Schneider se revendiquant de la gauche et Marie-Vonne de Saint-Pulgent de la droite, que ce n’était pas un problème partisan, ce n’était pas un problème droite-gauche, c’était autre chose. Et ça, c’est très important de le comprendre.
Mes premiers ouvrages – repères
Donc, j’ai commencé à compiler ces références. Après, quantité d’autres, le livre de Michaud dont j’ai parlé, tous les ouvrages et textes de Jean Clair, Jean-Philippe Domecq, tous ses ouvrages et ses articles.
J’ai beaucoup aimé, ça m’a beaucoup intéressé et fait progresser dans ma réflexion « « le triple jeu de l’art contemporain » de Nathali Heinich, qui est pourtant, je dis exprès pourtant, une sociologue, donc universitaire, scientifique. Car dans ce livre elle définit la perversité de l’art officiel comme un double bind, la notion qu’utilisait Ronald Laing, l’antipsychiatre anglais des années soixante-dix, quatre-vingt. Le double contrainte, quand l’institution intime l’ordre de la transgression créative. « Désobéis. Désobéis-moi ou quitte-moi, et tu pourras téter ma subventionn » dit la mère abusive et possessive, qui menace de se se suicider si son enfant s’en va.
Voilà, donc l’État, dans un rapport œdipien de double contrainte avec ses protégés, en quelque sorte. Et ça, c’est curieusement une sociologue qui est arrivée à cette conclusion , alors qu’elle était partie d’un a priori très favorable et que simplement par l’étude analytique, objective, soigneuse et attentive des choses, elle a décelé ces anomalies.
Et puis, plus tard, bien sûr, chère Christne, j’ai adoré ton livre « Les mirages de l’art contemporain », paru en 2005. Puis le Le livre de Aude de Kerros « L’art caché, les dissidents de l’art contemporain », en 2013.
Il y eu aussi le « Complot de l’art » de Jean Baudrilard , paru dans Libération : , un pavé dans la mare du progressisme culturel, qu’il avait fait scandale à l’époque. Moi, je suis un vieux lecteur de Libération. Je pratique le principe de Raymond Aron, qui disait : « Quitte à lire les journaux, lisez toujours le même, vous en connaîtrez les défauts ». Voilà. Je suis de la génération des gauchistes de soixante-huit. J’ai vu naître ce journal, j’y suis resté fidèle. Ça ne veut pas dire que j’en apprécie toutes les pages et les orientations. Mais là j’ai aimé que le Libé pro-art contemporain publie Baudrillard l’anti art conteporain.
Il y a eu aussi le débat, si ceux qui l’ont vécu se rappellent, entre la revue Crisis, qui avait invité tout un tas de contestataires de l’art contemporain en quatre-vingt-seize, novembre quatre-vingt-sept, à laquelle le journal Arpress a fait une réponse, un dossier honteux en avril quatre-vingt-dix-sept, qui s’appelait L’extrême droite attaque l’art contemporain. C’était Jacques-Henri et Catherine Millet qui ont été le fer de lance de cet amalgame que nous avons tous supporté dès qu’on émettait la moindre critique sur ce système, de nous assimiler à l’extrême droite.
Le livre « La Haine de l’art » de Philippe Dagen en 1997, qui dénonçait de façon , pour le coup, très haineuse les contestataires . Il citait Boccace en disant : l’art contemporain, C’est comme ce jardin merveilleux entouré de murailles pour l’isoler d’un peuple de bruns pestiférés.
Et puis il y eu « L’art de la décept », une extraordinaire invention de Anne Cauquelin. Après le concept , voilà le décept. Car quand vous voyez effectivement un néon cassé sur un tas de charbon avec trois bouts de fils de fer, il y a pas grand-chose à voir, c’est pas très intéressant, et vous êtes très déçu.
Tout cela ferait rire Alphonse Allais, c’est évident. Ce serait hilarant si c’était de l’humour. Mais quand cela devient du sérieux institutionnel, que c’est enseigné dans les écoles, ça n’est plus amusant.
Pas drôle non plus la névrose que cela crée chez les étudiants en art ! Excuse-moi d’être lyrique sur ce point, j’ai été un enseignant, je trouve ça criminel.
Alors, euh, à ce noyau, ce noyau donc de textes dont je viens de parler, j’ai voulu rajouter trois ensembles de textes. Alors d’abord, j’ai cherché des textes beaucoup plus froids, mais qui, moi, me paraissaient compléter le tableau. C’était tous les textes qui sont des rapports, des études qui donnent des données sociologiques, l’état du marché, les études factuelles, les études sur la politique culturelle, les rapports de l’art et de l’État. Il y en a énormément. Là, on retrouve des sociologues comme Nathalie Heinich ou Raymond Moulins. On trouve des gens comme André Burguer, Jacques Revel, Philippe Poirier, plus récemment Jean-Louis Harouel, etc. Bon, il y en a beaucoup d’autres. Et ça, c’est tout un ensemble aussi d’une littérature plus aride, mais qui est intéressante pour essayer de voir l’évolution du domaine, en particulier en France.
La mort de l’art, la queue de mon chien et la philo de l’art
Ensuite, je suis allé chercher quelle était la source de cette idéologie particulière qu’on a infusée dans les écoles d’art et dans les départements d’histoire de l’art, de la philosophie de l’art et de son esthétique.
Quelle était la source américaine des philosophes analytiques. Quand et comment ils étaient entrés en France. ?
Alors, vous avez évidemment le Arthur Danto, personnage quand même extraordinaire, puisque non seulement il annonçait la fin de l’art en 1984 dans un livre qui s’appelait La mort de l’art. Mais, ce qui est encore mieux, ensuite, c’est son ce magnifique concept, la transfiguration du banal, : un cocept passe-partout qui permet , en photographie, par exemple, de faire des photos de quatre mètres sur trois, de la queue de mon chien floue devant la porte de mon garage.
Et Arthur Danto de déclarer de surcroît au même Libération : « Moi, ce qui m’intéressa toujours, c’est la philosophie ». Je n’ai jamais eu aucun intérêt pour l’histoire de l’art. Ce qui m’a fait écrire dans un de mes textes : « Que penseriez-vous d’un critique culinaire qui dirait : Moi, ce qui m’intéresse, c’est la théorie. J’ai horreur des restaurants et de la cuisine. »
Ainsi, la théorie institutionnelle de l’art est-elle devenue en gros l’avatar de Marcel Duchamp : « qu’est-ce qu’est art ? C’est ce que l’institution définit en tant que tel, un étron de chien par exemple, ou un nounours en pleluche trouvé dans une poubelle,, quand ils sont rééligieusrement placés sous vitrine blindée dans un musée d’art contemporain.
Cest là que ça devient intéressant, comme idéologie construite, lue, traduite et enseignée. Et vous verrez la conclusion que j’en tire , qui n’est pas seulement de dire je n’aime ou je n’aime pas ce type d’art.
La dé-féfinition de l’art
Il y a des auteurs intéressants et différents comme Nelson Goodman, avec « les langages de l’art »,et Harold Rosenberg avce sa « dé-définition de l’art. » . Là on entre dans une réflexion vraiment de fond sur les changements de l’époque et la mutation de l’époque. Et puis j’ai ajouté des textes plus généraux parce qu’ils me paraissaient être une extension de cette réflexion.
Les textes du fameux Francis Fukuyama, vous savez c’est cet homme qui à la fois a annoncé la fin de l’histoire, et qui, après a vu que l’histoire continuait quand mêm… Et Dieu sait si elle se réveille en ce moment l’histoire ! Il a été obligé de faire un petit appendice à cette théorie par la suite.
La pensée déconstructionniste et le numérique
J’ai donc essayé de recenser avec leur traduction française toute cette pensée dite déconstructionniste, propulsée par Derrida
Et puis , il est appru en force le numérique, et j’ai voulu rajouter les textes fondamentaux concernant l’apparition des nouvelles technologies et de la culture numérique et en particulier les nouvelles technologies de l’image. C’est un sujet qui me préoccupe beaucoup, je travaille moi-même beaucoup avec l’ordinateur, j’ai monté un site dont je suis l’auteur avec mon ami Jean-Luc Giraud qui est un infographiste mais en même temps dessinateur émérite, c’est une sorte de Rembrandt sur l’ordinateur. Son site s’appelle Mycelium
Parmi les livres fondamentaux sur les nouvelles technologies, d’abord à commencer par un tout bête que tout le monde connaît de nom mais peu de gens ont lu, c’est McLuhan. Et McLuhan n’a pas été assez lu en France où on lui préfère Régis Debray. Il y en a un plus récent moins connu qui est Roy Ascot qui est un très intéressant artiste du numérique anglais qui a écrit un certain nombre de choses entre autres sur le reformatage de l’esprit par le contact de la culture numérique et ça c’est un vrai problème de fond parce que nous sommes tous là-dedans que nous le voulions ou pas, que nous ayons ou pas un portable ou un ordinateur.
Après la fin de l’art et des haricots
J’ai écrit un texte en 2009 qui s’appelle « le dessin à l’air des nouveaux médias » qui est une réflexion sur l’évolution de ce qui s’est passé dans le dessin jusqu’à aujourd’hui, depuis la naissance de la photographie jusqu’à l’ordinateur, en incluant aussi les formes brutes du dessin, le dessin de presse et tout ça.
Une multitude de titres sur la fin de l’art
Alors quand on regarde globalement tous ces titres qui font 20, 30, 40, 50 pages et puis on pourrait à l’infini en trouver d’autres, on voit toutes sortes de textes sur la fin de, ça c’est très amusant pour voir ce que ça… Alors l’art de la fin de l’art, Art Presse 81, la fin de la peinture, Muller 82, la fin de l’histoire de l’art, par le grand critique allemand, Hans Belting, 83-89, la fin de l’art à nouveau toujours du fameux Danto, « Pourquioi y-a-t’il de l’art plutôt que Rien » ouvrage collectif dirigé par le président de l’AICA, , etc., etc.
ET puis, il y a eu l’italien Gianni Vattimo, avec la fin des critères esthétiques, une thèse qui a plu Yves Michaud , parce qque débarassé d’eux , on est plus libre, on peut faire ce qu’on veut, c’est la fin du paradigme du progrès et de l’avant-garde, ça c’est Nathalie Heinrich, 98, la fin de l’homme, Fukuyama, à cause de la révolution biotechnologique, la fin de la pensée unique, ça c’est en revanche intéressant, c’est Elisabeth Lévy en 2002, et puis la presse unanime en 2008…C’est la fin de la spéculation tant financière qu’intellectuelle…Bon débarras !
Le posr-art , le post-humain et la post – contemporain
Alors aujourd’hui on en est -on ? Parce qu’ il y a aussi tous les post : le post- industriel, conception à mon avis tout à fait fausse d’Alain Touraine en 69, le post- moderne, de Lyotard en 79, tout ça, ça a infesté le débat sur l’art. Le post- historique de Danto en 92, (décidément Danto est toujours dans la fin des choses de base,) le post- biologique de Royce Ascot, le post- humain de Robert Pepperell et de Fukuyama…. Nous sommes tous en effet dans la civilisation du poste humain, donc nous sommes en quelque sorte des êtres ringards, des interdits de l’humanité.
Alors , j’ai moi-même, dans la foulée, j’ai hasardé ce mot de « post- contemporain » . Mais je me suis aperçu qu’il avait été inventé en 91 par un critique américain peu connu, un critique marxiste qui s’appellaot Frederick Jameson et qui avait fait des interventions « post-contemporaines ».
Quelles conclusions tirer de cette bibliographie ?
Je dirais deux conclusions, d’abord si le débat bouillonne tellement, parce que c’est évident qu’il bouillonne, il n’est pas le seul, c’est parce qu’on est manifestement dans une époque de mutation. Et ça, on n’y pense quand même pas assez, ce qui donne en quelque sorte peut-être une excuse à tous les errements qu’on a pu voir. Parce qu’il n’arrive pas souvent dans l’histoire humaine que dans une période de 40 ans, on passe d’une civilisation à une autre.
On a vu, nous tous, nous avons vu la fin de la civilisation agricole et non pas la société post-industrielle, mais au contraire, ce que Gilles Lipovetsky, l’auteur de L’air du vide, que je mets aussi dans ma bibliographie, appelle les temps hyper modernes. Il avait lui aussi utilisé le mot post-moderne, mais on n’est pas du tout dans les temps post-modernes. Au contraire, c’est la modernité au carré.
L’art moderne au carré
Et d’une certaine façon, l’art contemporain, c’est l’art moderne au carré, c’est une méta-modernité. Or, autant l’art moderne pouvait être beau et légitime, autant l’art moderne au carré devient absurde.
Et j’ai trouvé récemment, je ne sais pas si vous le connaissez, et c’est là qu’on voit malheureusement la barrière des langues et des cultures, et même en Europe, un extraordinaire, extrêmement sensible sociologue anglo-polonais. J’ai dit ça parce qu’il publie tantôt en polonais, tantôt en anglais. Je ne sais pas si vous le connaissez, il s’appelle Zygmunt Bauman.
C’est un très vieil homme maintenant. Il définit notre période comme ce qu’il appelle les liquids times, les temps liquides, ce qui a été traduit en français le présent liquide, ce qui, à mon avis, n’est pas très bien.
Et là, ça vous permet vraiment de comprendre qu’on est dans une nouvelle époque et qu’on n’est plus du tout dans cette époque du débat. Et je vais y revenir. Alors, le deuxième point, c’est qu’il y a deux conceptions de l’art inconciliables qui s’opposent.
Deux conceptions de l’art non miscibles entre elles
Ce sont des conceptions qui ne peuvent pas cohabiter. Il y en a une qui est théorique et d’origine universitaire, à lourde prétention scientifique. ..Qui cloue le bec à tous ceux qui ne sont pas des savants, car la science est progressiste en dépassant les conceptions traditionnelles.
L’art conteporain a ainsi une valeur de contre- culture.
Il est , en effet, est la négation de la l’esthétique de Kant . Retournons à Hume et ainsi de suite.
Et puis, face au tout concepuel et postural, il y a au contraire une conception que je vais appeler intuitive, sensible, de bon sens.
Et je crois que c’est celle que la plupart des gens qui se revendiquent au contraire de l’esthétique traditionnelle, qui n’ont pas peur de dire « Certes, l’époque change , mais il n’y a pas de raison de jeter le bébé avec l’eau du bain » ..Une esthéitique et une éthique, qui se développent en dehors de l’université. Ce point m’apparaît de plus en plus en regardant cette bibliographie.
L’Université, lieu de fermentation idéologique
La différence entre les universitaires et les non universitaires. Moi, comme je vous l’expliquais, je suis en fait un non universitaire qui aurait pu en être un. Et c’est une énorme différence.
Et donc, c’est parce que l’État en France a pris partie uniquement pour la première conception, la conception universitaire pseudo scientifique anti-tradition, que le débat fait rage, parce que forcément, ça ne peut pas contenter tout le monde. Et beaucoup de gens s’en sont exclus. Alors, ce n’est pas un clivage droite gauche.
Je dirais qu’il existe un désastreux clivage art-science.
L’art contemporain devient ringard
Autorisez-moi un appendice, pur vous dire comment je vois la situation actuelle.
Le temps est liquide, mais les montres sont molles. Je pense qu’on est aujourd’hui, au-delà du débat, que l’art contemporain devient ringard et que les gens qu’il défendent le savent très bien. Un grand collectionneur m’a dit récemment, vous savez, entre nous, vous qui l’avez connu, ça n’existe plus, l’art contemporain.
Nous, on parle simplement de l’art. Voilà à quoi, moi, je réponds. On peut dire, on peut cesser de dire qu’il y a des pommes et des poires et dire qu’il n’y a que des fruits.
Mais on ne pourra jamais dire que les pommes sont des poires. Voilà, parce que c’est quand même… On est exactement là-dedans. Alors, en fait, l’art contemporain essaye de survivre par deux stratégies.
D’une part, les expositions que les Américains appellent crossover, c’est des expositions, on met côte à côte de l’art contemporain et autre chose. Et puis, ce qu’a dit Aude de Kerrois tout à l’heure, l’utilisation du patrimoine comme showcase ou showroom, ou présentoir des oeuvres d’art contemporain. Donc, on s’accroche sur la magnificence du patrimoine qui est splendide en France pour faire des expos comme Jeff Koons et Murakami ou Yann Favre au Louvre.
Sans oublier la récupération de « l’art brut » » » par l’art contemporain est une chose à étudier aujourd’hui, comme égal parasitage d’un patrimoine
Mais que fait le politique ?
Pour un ministère unique de la Culture et de l’éducation…
Et je finirai juste sur un mot. C’est sur le plan politique, qu’est-ce qu’il faudrait faire ? Et je vais vous livrer simplement une réflexion. Dans ma jeunesse, par réaction viscérale, j’ai souvent pensé qu’il fallait supprimer le ministère de la Culture, qu’il n’y avait eu de ministère de la Culture que sous les Soviétiques et Hitler.
Bon, j’ai souvent pensé ça et je ne suis pas le seul. J’ai changé d’avis. Et j’ai changé d’avis en lisant le livre de Fumaroli, je crois bien, la première fois.
Fumaroli fait remarquer que sous le Front populaire, Jean Zay, vous voyez que là, ce n’est pas d’histoire droite-gauche, la Culture était associée à l’éducation. Et je pense que ce qu’il faudrait faire, et pourquoi ? Parce qu’en faisant un ministère unique de la Culture et de l’éducation, on met fin à la conception de la Culture comme consommation, divertissement, entertainment et facilité, au profit de la Culture comme effort, travail, rigueur, création. Merci.
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LISTE DES OUVRAGES « DISSIDENTS », PROSCRITS DAN LES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES
Liste établie par Laurent Danchin en 2013
… Et surtout des bibliothèques des Ecoles des Beaux-Arts
Ils sont dissidents. Ils s’opposent à l’ idéologie esthétique ministérielle post-languienne. Ils critiquent l’art « contemporain » et en dénonce les ravages…Une proscription en parfaite cohérence avec le caractère totalitaire de cet art d’appareil dit contemporain…
Merci ! Pour ce passage en revue – éclairé et peut-être prémonitoire ?
Merci d’avoir publié ce texte essentiel que j’avais vu en vidéo à l’époque. En revanche, par respect pour Laurent qui travaillait ses textes, prenez le temps de relire ce décryptage par IA pour respecter notamment la langue française et les noms des nombreuses personnes citées. Bravo et merci !
Décryptage par IA? fausse confiance.