POURQUOI LE HOMARD DE JEFF KOONS N’EST PAS DE L’ART

Au cas où vous ne l’auriez compris de vous-même , lisez cette analysse de notre camarade Patrick Burandello

«  Cette idée était tellement absurde, qu’il n’y avait que les intellectuels pour la comprendre » Georges Orwell…Même chose pour le homard de Koons et  l’art sans art dit contemporain,  dans sa gazeuse globalité

Le homard de Jeff Koons : Pourquoi ce n’est pas de l’art

L’approche symptomatique contre la fausse critique

Tout pouvoir centralisé se manifeste à travers des signes

visibles : un blason, une devise, une armoirie. Le roi avait les fleurs

de lys, la République son drapeau tricolore. Le règne de la technoscience, dont l’empire s’étend chaque jour davantage,

n’échappe pas à cette règle.

Lui aussi produit ses emblèmes. Ils ne sont plus héraldiques, mais

industriels. Louis-Ferdinand Céline observait déjà : « Nous sommes à l’époque de la publicité, de la réclame et du robot génial. » Cette remarque paraît aujourd’hui d’une étonnante actualité. Le spectaculaire tend progressivement à remplacer le symbolique.

C’est dans cette perspective qu’il faut regarder le homard géant suspendu dans les appartements de Versailles.

Notre propos est simple : ce bidule macronoïde n’appartient pas au domaine de l’art. Il existe entre l’art et cette production industrielle une différence non de degré, mais de genre.

La notion d’« art » renvoie à un univers façonné par le métier, la tradition, la transmission et une expérience intérieure de la beauté qui a rienea voir avec le toutalego de la scene conceptuelle. Elle participe d’un patrimoine commun et d’une souveraineté spirituelle, individuelle autant que collective. Rien de tout cela n’apparaît dans ce homard gonflable, généralement présenté sous l’appellation d’« art conceptuel ». Si cet objet célèbre quelque chose, ce n’est pas l’art, mais le remplacisme de l’art par une autre logique.

Notre approche est symptomatique. Elle n’entend pas remplacer les autres formes de critique ; elle les complète. Les approches anthropologique, psychanalytique ou historique conserve toutes leurs légitimités. L’approche systémique, développée notamment par Aude de Kerros, met en exergue les réseaux institutionnels, financiers et politiques totalement inconnus du grandpublic. Cette analyse est précieuse. Mais notre démarche diffère. Nous ne commençons pas par les réseaux ; nous commençons par l’objet lui-même que nous envisageons en tant que symptôme.

Le médecin ne débute pas son diagnostic en écoutant le récit du malade. Il observe d’abord sa démarche, son regard, son teint, sa respiration. Les symptômes précèdent le diagnostic. Il en va de même ici. Avant d’étudier les commissaires d’exposition, les subventions ou les stratégies culturelles, nous regardons ce qui est effectivement présenté au visiteur : un homard géant suspendu par les pattes dans la chambre de la Reine, au château de Versailles. L’objet parle avant les commentaires qui l’accompagnent.

C’est pourquoi nous parlons d’approche symptomatique. L’artefact exposé constitue, selon nous, le symptôme d’une mutation plus profonde. Il ne représente pas seulement une curiosité esthétique ; il révèle une transformation de civilisation. Le bidule n’est plus seulement exposé : il est imposé comme un emblème culturel. Il devient le logo d’une rupture anthropologique où la technoscience tend à substituer ses propres signes aux symboles hérités de la tradition.

La divergence avec Aude de Kerros apparaît ici. Elle maintient l’expression « art conceptuel ». Nous rejetons cette terminologie, car les mots ne sont jamais neutres. René Char écrivait avec raison : « Les mots savent de nous des choses que nous ignorons d’eux. » Nommer, c’est déjà interpréter.

Employer le mot « art » pour désigner un objet qui relève, selon nous, d’un autre registre revient à accepter d’emblée le vocabulaire de ceux que l’on prétend critiquer. Allez-vous appeler le crépuscule une « aurore du soir » ? Certainement pas. Les mots possèdent leur cohérence propre. Notre désaccord n’est donc pas esthétique mais philosophique. Les termes « art », « artiste » ou « œuvre » appartiennent à un champ lexical lié au métier, à la tradition et au savoir-faire. Ils évoquent certes la beauté, mais aussi la transmission d’une technique et d’un héritage. La Victoire de Samothrace, un retable médiéval ou un Vermeer parlent immédiatement à l’âme, y compris chez celui qui ignore tout du contexte historique qui a secréter ces oeuvres. Ils possèdent une évidence qui ne dépend ni d’un cartel, ni d’une cote, ni d’un commissaire d’exposition.

Le homard de Jeff Koons relève d’un tout autre régime. Sans le soutien

institutionnel, médiatique et financier qui l’entoure, il perdrait instantanément le statut exceptionnel qui lui est conféré. Il ne s’impose pas par une nécessité intérieure, mais par un dispositif de légitimation. C’est pourquoi nous refusonsd’employer indistinctement le mot « art ». Cette production nous intéresse moins comme création que comme symptôme d’une civilisation où la publicité, la communication et la puissance technicienne tendent progressivement à se substituer aux fonctions symboliques autrefois assumées par l’art.

Le pari risqué de Jeff Koons.

Suspendre un homard géant dans les appartements de Versailles, au milieu des boiseries, des plafonds peints et des chefs-d’œuvre du savoir-faire

français, constitue une provocation esthétique.

Mais cette confrontation produit peut-être un effet inverse de celui recherché. En passant des décors de Versailles à cet artefact industriel, le

visiteur mesure moins la victoire du contemporain que l’ampleur de ce qui a été perdu.

Malgré sa force rédoutable et peut être même à cause d’elle, la production bidulo-artistique de notre temps ressemble à un colosse aux pieds d’argile. Il suffit parfois d’une seule pierre bien ajustée pour ébranler des certitudes que l’on croyait inébranlables. David rappelle toujours à Goliath que la puissance n’est jamais invulnérable. Patrick Burandelo est un David de notre temps.

Art contemporain art officiel. Editions Hapax. 2026. 12 e

1 thought on “POURQUOI LE HOMARD DE JEFF KOONS N’EST PAS DE L’ART”

  1. Dans le langage des bien pensants on appelle ces artistes des gros pédés sans imagination. Dans une culture fofolle du pot pot au gnion gnion faut s’attendre à ramasser les fruits de la caillasse.

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