L’ŒUVRE LA PLUS GROTESQUE ET ODIEUSE DU SIÈCLE

Celle du plasticien  Raynaud qui dialogue avec « Guernica », en hommage à l’Ukraine

Par Jean-Pierre Cramoisan

Le 23 février 2023, la dernière acrobatie conceptuelle du prophète de la dénonciation Jean-Pierre Raynaud, figurant deux sens interdits jouxtant le Guernica de Picasso, a été dévoilée au public dans la cour d’honneur de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Guernica /Ukraine, même combat ! Où chacun reconnaîtra sans barguigner qu’il est vivement urgent d’interdire !

« La signalisation m’a toujours inspiré, car cela demande une réactivité immédiate : cette méthode, je l’applique à l’art puisque toutes les œuvres provoquent une réaction », explique le plasticien ..Agreuh ! Agreuh !

Artistiquement parlant, faire du dialogue touche-touche avec le Guernica, semble une démarche foutrement culottée.

L’artiste a donc eu recours à quelque vieille et fameuse entourloupe pour que ces deux panneaux fussent aux mêmes rigoureuses dimensions, 3,49 x 7,76 m, que l’œuvre-tragédie de la ville martyre. Tout cela ne date pas d’hier puisque Adel Abdessemed s’était déjà emparé de ces dimensions entre son Who’s is Afraid of the Big Bad Wolf, un bas-relief représentant un carnage d’animaux taxidermisés, passés au chalumeau, et le Guernica de Picasso.

 A part cela, rien ! Que voulez-vous, il faut enfler les choses, créer de la démesure pour qu’elles soient vues !

Zelensky n’avait-il pas demandé aux artistes du monde de  témoigner contre l’agression de son pays par la Russie. On a bien compris l’emportement et la légitime irritation de Monsieur Raynaud ; cela ne pouvait pas être plus clair ! Et pour être clair, il faut aller vite ; l’époque a changé ; l’art du contemporain et ses fermentations conceptuelles sont passées par là : l’artiste a fait le ménage, se servant au passage du chef-d’œuvre de Picasso pour faire cohabiter son concept de signalisation routier.

Alors, ces sens interdits ont-ils le mérite de nous interroger ? Oui et non ! Pourquoi une chose plutôt qu’une autre ? Que serait cette autre chose qui nous titille et nous abandonne, bouche bée, devant la candeur de notre manque de questionnement ? Mais bougre d’ânes que nous sommes, c’est d’avertissement claironnant dont il s’agit ! Le moment où l’idée prend le dessus pour invisibiliser la peinture. La ringardiser. Comme si l’artiste avait encore du temps à perdre avec ces frelateries ! Les bras se font lourds et pesants ; accablés, nous suons d’excuse devant cette dénonciation à la rutilance vermillonnesque. Plus qu’une oriflamme universelle, c’est une offrande à la liberté !

Réveillez-vous, ont l’air de nous interroger ces panneaux, nous sommes dans l’ère de la gamberge avec ses raccourcis immédiats pour éclairer la vérité ! Le striptease du grand Pourquoi. Au-delà de cela rien d’autre, rien d’autre qu’un coup d’encensoir à bon compte, quelque mise en garde n’interrogeant même plus, tant le riquiquisme du concept se perd dans l’insignifiance de ce gigantesque effet d’alerte. En art du contemporain, il faut pour argumenter une proposition, trouver un maître, un mètre, un référent. Dans sa nouvelle création fraîchement pondue, l’auteur, spécialiste du pot de fleurs dans tous ses états, et en bon disciple duchampien, a choisi la nette, la lumineuse concision de deux sens interdits pour renforcer et éclairer son propos.

 Halte ! Voilà qui interpelle, expressément ! L’image est suffisamment parlante, porteuse d’une symbolique exacerbée, pour que l’effroi nous pétrifie ! Comment ne pas s’apercevoir de ce cri d’alarme ?! Quelle audace ! Mais Guernica est une œuvre qui, par sa dénonciation, porte en elle l’image d’une humanité en proie aux démons d’une idéologie mortifère. Le bestiaire de la guerre avec ses torsions grimacières et ses convulsions, révèle l’atrocité qui frappe par son universalisme.

Jean-Pierre Raynaud s’est emparé de la voie conceptuelle la plus directe, car, comme d’habitude dans les hautes sphères de la contemporanitude, est-ce encore utile de faire de la peinture pour dire les malheurs du monde face à l’abjection de la guerre ? Il faut du tout fait, du tout prêt,  n’importe quel briquaillon peut faire l’affaire pour peu que sa mise en scène s’adosse à un projet. Heureusement, on connaît la musique, et nous ne sommes pas tombés dans le panneau, malgré son éloquence interprétative.

Est-ce que Monsieur Raynaud est-il seulement allé dans les tranchées ukrainiennes ? Trop froid, trop bourbeux, pas assez confortable et trop risqué. On aura beau se tirelipoter les neurones autant que l’on voudra, ce complément en miroir du Guernica n’est qu’une fantaisie sans génie, un rappel pour nous alerter, par le truchement de l’intensité vibrante de deux sens interdits, la proximité vigilante avec la grande peinture pour dénoncer l’horreur de la barbarie partout où les droits humains sont bafoués. N’importe, on fait ce que l’on peut…   

Mais allez montrer cela aux soldats ukrainiens, eux qui se battent chaque jour pour leur liberté d’exister, que ce truc-chose est porteur d’un message important frise le ridicule….

 Peut-être pourraient-ils s’en servir de cible pour des exercices de tirs.

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Pour une approche plus « positive » de cette œuvre majeure de la crétinerie artistique institutionnalisée et financiarisée

Un éclairage complet sur l’œuvre inédite donnée par Jean-Pierre Raynaud à l’Ukraine, version moderne du Guernica de Picasso, symbole universel de la dénonciation par l’art des horreurs de la guerre, dont l’artiste conceptuel français reprend aujourd’hui les dimensions monumentales exactes afin d’en réaliser, près d’un siècle plus tard, le pendant selon ses propres codes esthétiques, pour une opération caritative en soutien à l’Ukraine portée par les éditions Jannink.

https://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=10544&menu=0

https://www.radiofrance.fr/franceinter/l-artiste-jean-pierre-reynaud-dialogue-avec-guernica-en-hommage-a-l-ukraine-8799020

https://editionsjannink.com/expositions

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