
Je tombe de ma chaise et me meurtris la hanche gauche, en voyant, ce matin, l’article du JDA, intitulé « Le PCF réinvestit le terrain de l’art » avec une expo du plasticien graffiteur tout tatoué azerbaidjanais Babi Badalov des plus croquignolement contemporainiste : un modèle du genre ethno balkanique.
Stupéfait donc de ce « réinvestissement » dans la mesure ou j’avais publié un texte en 2023 où je me félicitais que le PCF ne soit pas tombé dans le piège « art contemporain » pour élite intello-friquée, comme les cultureux socialistes
J’avais en plus écrit une lettre de félicitation à l’Humanité pour avoir su se démarquer des soces, avec de superbes série d’expo organisées à leur espace Nemeyer de la place du Colonel Fabien par mon ami Fréric Roulette
Il est vrai que, quand on voit ce qu’est devenu la Fête de l’Huma, et le délire langagier et capillaire de Fabien Roussel, on peut s’attendre à tout du PCF d’aujourd’hui
Tous ces textes sont à lire ici :
Et voici le texte du JDA Journal des Arts
(qui n’avait rien dit des précédentes expos de mon ami Roulette à l’espace Niemeyer)
À l’Espace Niemeyer, le Parti communiste développe une activité d’expositions, crée un fonds de dotation et sépare culture et location commerciale sans renoncer à ses convictions. Ben voyons !
Paris. On a l’impression d’être dans un bunker. Les murs bétonnés des sous-sols du siège du Parti communiste français (PCF), conçus par Oscar Niemeyer, servent de cadre jusqu’au 30 septembre, à « Utopia Utopia » où s’exposent la poésie visuelle et les mots dessinés de Babi Badalov. Cet artiste azerbaïdjanais établi à Paris, provocateur revendiqué, n’a pas le profil habituel des endroits qui se réclament de l’héritage marxiste. « L’espace Niemeyer fait preuve d’une ouverture et même d’une discrète subversion en accueillant un artiste, qui ayant vécu en ex-URSS, en critique encore de nombreux aspects », relève Guillaume Désanges, directeur du Palais de Tokyo qui a co-produit l’exposition avec la galerie Poggi. Mais aussi avec Libre comme l’art, l’association créée en 2021 à la suite de la grande rétrospective éponyme qui scénarisait un siècle de relations entre les peintres et le parti. « Ce n’est pas un pop-up du Palais de Tokyo, car l’exposition fait autant partie de leur programme que du nôtre », poursuit Guillaume Désanges.
« Utopia Utopia » marque un tournant dans la stratégie culturelle du PCF. Via Libre comme l’art, il n’est plus dépositaire de sa seule mémoire culturelle, mais devient producteur d’expositions. Et ce n’est qu’un début. Car déjà se profile une seconde co-production avec le Palais de Tokyo pour 2027. De même à l’automne 2026, Libre comme l’art produira « 1936-2026 : Résonance(s) », une rétrospective conçue en interne à l’occasion des 90 ans du Front populaire, qui fera dialoguer des œuvres de l’époque avec celles d’une dizaine d’artistes contemporains. « Deux périodes de bouleversements majeurs », glisse Pierre Laurent, ancien secrétaire national du PCF et aux commandes de l’entité. Et ce développement n’en est qu’à ses débuts puisque la structure va se doter d’un fonds de dotation. « Il sera sur les rails à la fin de l’été ou au début de l’automne », confirme-t-il sans détours. Une nouvelle étape dans la structuration d’un projet culturel qui, jusque-là, fonctionnait selon les mots de Nicolas Bescond, administrateur de l’Espace Niemeyer, « à l’énergie, au volontarisme et au bout des chandelles ».
Une entité juridique à deux têtes
Pour bien comprendre ce virage, il faut se débarrasser d’une idée reçue. La structure qui s’occupe de l’événementiel lié à l’espace Niemeyer n’est pas une institution culturelle : la Société immobilière du Carrefour Châteaudun (SICC), créée en 1925, par souscription populaire et transformée en SAS en 2018, est dotée d’un capital social de 750 000 € et son objet social limpide est de gérer les biens immobiliers « dans le cadre des intérêts du Parti communiste français ». Donc d’assurer la location de salles pour l’événementiel et la mise à disposition de bureaux aux entreprises privées : cabinets d’architecture, de design, de communication, ou de production musicale. Son chiffre d’affaires tourne autour de 2 M€ par an selon les derniers bilans disponibles au greffe, soit un peu plus de 1,9 M€ en 2019 et entre 2 et 2,4 M€ en 2016. La culture est venue se greffer sur ce socle et la SICC fonctionne aujourd’hui comme une entité à deux têtes. D’un côté, Nicolas Bescond gère tout ce qui relève de la location. Il administre aussi les espaces événementiels loués par exemple lors de la Fashion Week ou aux productions audiovisuelles. De l’autre, Pierre Laurent préside Libre comme l’art et gère la programmation des expositions. Deux logiques. Et deux mondes sous un même toit.
Mais les frontières sont strictes. Quand Pierre Dharréville, responsable de la commission culture du PCF, souhaite organiser une initiative culturelle au siège, il ne s’adresse pas à l’association créée par Pierre Laurent, mais appelle Nicolas Bescond pour vérifier la disponibilité de la salle et soumet la demande à la direction du Parti pour validation politique.« Ce sont des initiatives politiques payées par le Parti communiste et pas par la SICC », précise Pierre Dharréville. Donc cette scission en cours donnera naissance à deux modèles économiques qui ne se financent pas mutuellement.
Et ce d’autant plus que le principal objectif de la SICC est de financer l’entretien d’un monument historique béton-verre-acier de la même génération que Beaubourg ou La Cité des sciences de la Villette. Donc avec des impératifs semblables d’étanchéité, de performances énergétiques et de remise aux normes. Pour y répondre, la SICC loue ses espaces lors de la Fashion Week, à Dior pour sa campagne Rouge Signature. Ou à Deezer pour une série de huit à dix concerts annuels. Le tout avec « des tarifs dans la fourchette haute du 19e arrondissement de Paris », selon Nicolas Bescond, donc de l’ordre de 1 000 à 5 000 € la journée selon le type d’espace et d’événement. « Le bâtiment consomme l’intégralité des ressources qu’il génère et on a besoin d’en développer encore davantage », admet-il. Il parle d’une « troisième tranche de construction » nécessaire pour assurer la pérennité du lieu avec des mises aux normes d’envergure.
Un grand écart maîtrisé
N’y a-t-il pas une contradiction idéologique à accueillir des marques de luxe et la Fashion Week ? Nicolas Bescond le récuse. Les revenus commerciaux ne financent pas les expositions, mais l’entretien du bâtiment qui permet ensuite aux activités de s’y tenir dans de bonnes conditions et rappelle que « les personnes morales ne peuvent pas financer les partis politiques d’autant plus que les comptes de la SICC sont contrôlés chaque année ». Ce n’est pas si éloigné de ce que font Versailles ou les grands musées qui privatisent leurs salles. À cette différence notable que Versailles n’a pas d’idéologie officielle à défendre. Et que la charte de valeurs de l’Espace Niemeyer, aussi rigoureuse soit-elle, – refus de la fast fashion, application des Objectifs de développement durable de l’ONU, exclusion des projets discriminants –, ne dit rien, ou presque, de la tension entre l’univers du luxe et les convictions du parti qui préside aux destinées du bâtiment. « Le RN ne viendra pas y tenir conférence », confirme Bescond sans sourciller. Mais Dior, Angèle et le festival Manifesto sponsorisé par Goat, plateforme mondiale de sneakers de luxe, peuvent s’y installer sans que cette coexistence n’ait suscité jusqu’ici de véritable débat public.
Bref, cette scission entre les deux entités demeure une philosophie acrobatique. C’est bien parce que Dior loue la coupole que la commission culture de Pierre Dharréville peut y accueillir des poètes palestiniens le mois suivant. Bescond l’admet lui-même avec une formule qui dit tout : « C’est parce que l’activité commerciale était présente à côté qu’une partie de notre activité culturelle a pu naître et soutenir l’activité du siège. » Toutefois dans cet univers, Libre comme l’art devra générer ses propres ressources via le fonds de dotation. La démarche idéologique est assumée. L’association ne cherche pas à devenir une de ces « fondations très riches qui fleurissent à Paris et qui vont dans tous les sens », glisse Pierre Laurent avec une ironie à peine voilée. Le fonds de dotation veut produire « une activité culturelle originale, singulière, indépendante dédiée à la fois à la création vivante et à la valorisation de l’histoire culturelle du parti », ajoute-t-il. L’exposition Babi Badalov en est une démonstration. « Il sera doté au départ entre 10 et 20 000 €, par la SICC, la société qui détient l’Espace Niemeyer », selon Pierre Laurent, puis sera ouvert aux dons de particuliers et d’entreprises. Reste à savoir si toute entreprise pourra y faire un don. Un avenir sous tension ? Acrobatique à nouveau ? « Il ne s’agit pas du tout de brader nos valeurs, insiste Pierre Laurent. Mais de trouver des moyens pour continuer à développer en toute indépendance une activité dédiée à la promotion de la création artistique et à la valorisation d’une histoire culturelle singulière. » Une question demeure que personne ne pose encore à voix haute : une marque de luxe qui souhaiterait faire un don au fonds de dotation de l’Espace Niemeyer serait-elle la bienvenue ? La réponse de Pierre Laurent est prudente. Presque sibylline. « Le fonds est par définition ouvert à tout le monde. » En n’exprimant aucun refus à une marque spécifique, sa réponse ne ressemble-t-elle pas à une porte entrouverte ?