
Voici un texte de Timothée Roy , agent d’artistes, relayé par Hervé Coulaud, Président chez Nouvelle Génération, Conseil Président de la SPL C’Chartres Spectacles – Conseiller municipal délégué à la Création artistique et aux grands équipements culturels Ville de Chartres et qui a été directeur adjoint de la DRAC -Picardie
Ce texte décrit brièvement mais exactement la situation désastreuse de l’art et des artistes aujourd’ hui après 50 ans de progressisme culturel bureaucratico-financier.
Mais ce qui est plus significatif, c’est de voir ce texte relayé et partagé par Mr Coulaud, qui, en tant qu’ex-directeur adjoint d’une DRAC a amplement participé au délabrement qu’il dénonce aujourd’hui
Mais bon, qu’il soit tout de même félicité d’avoir osé cette dénonciation tardive, car cela montre qu’il y a une prise de conscience, tant chez les responsables administratifs que chez les élus politiques, des méfaits de l’ingérence étatique sur la création artistique, sur sa diffusion et sa reconnaissance
Voici Le Texte
Le marché de l’art va bien. Enfin, surtout si vous pesez 100 millions.
La dernière foire d’Art Basel vient de fermer ses portes. Sans surprise, les gros titres célèbrent la « résilience » et la « croissance retrouvée » du marché mondial. À écouter les mastodontes suisses et les méga-galeries, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais la réalité du terrain est un bain de sang. Pendant que les blockbusters de l’art enchaînent les records et s’accaparent les projecteurs, la base de la pyramide, elle, s’effondre.
Le diagnostic glaçant du terrain
Les études menées par l’économiste Nathalie Moureau pour le Comité professionnel des Galeries d’Art posent un diagnostic sans appel, bien loin des paillettes bâloises :
– 1 galerie sur 2 ne parvient plus à verser un salaire décent à ses dirigeants. – L’explosion des coûts fixes (loyers, stands de foires, transports) conjuguée aux coupes budgétaires étrangle les structures petites et intermédiaires.
– La crise du pouvoir d’achat touche de plein fouet les collectionneurs du « milieu de marché », ceux-là mêmes qui faisaient vibrer et vivre l’écosystème local.
Le constat est implacable : nous assistons à une polarisation extrême. D’un côté, une poignée de multinationales de l’art ultra-rentables. De l’autre, des passeurs de culture indépendants qui ferment leurs portes dans l’indifférence générale.
Célébrer la santé du marché de l’art en ne regardant que les chiffres d’Art Basel, c’est comme féliciter l’économie d’un pays parce que ses trois plus grands milliardaires se portent bien. C’est une aberration intellectuelle. Si les petites galeries meurent, c’est le vivier même de la création contemporaine que l’on assassine.
Ce sont les talents de demain que l’on prive de premier tremplin. Le marché de l’art doit-il accepter cette prétendue « sélection naturelle », ou est-il urgent de réinventer le soutien aux structures indépendantes avant que le paysage culturel ne s’asphyxie définitivement ?