LE CULTE CHRÉTIEN REMPLACÉ PAR CELUI DE L’ART « CONTEMPORAIN » DANS LES ÉGLISES DÉSAFFECTÉES DE LA RUHR

Cela se passe dans le cadre de La 16° édition de Manifesta.

La biennale européenne d’art contemporain expose les artistes dans des lieux de culte délaissés de la Ruhr

Un article de Mele Jardonnet paru dans le Monde du 1er août 2026

Le journal Le Mode, quotidien vespéral préféré de l’élite culturelle française mondialisée, ne rate jamais une occasion de soutenir les manifestations d’art progressiste, casseur des codes bourgeois, déconstructiviste, internationaliste, européiste, …et labellisé  pour cela « contemporain »

On comprend bien que les œuvres terrifiantes dont je vous montre quelques images, vont effrayer le bête immonde et la dissuader de revenir

On comprend également que l’idéologie progressiste à l’œuvre dans cette opération et dans les deux textes qui suivent ,publiés par Le Monde, n’ a plus de limite dans la crétinerie et le grotesque

1 – CECI NEST PLUS UNE ÉGLISE…CECI N’EST PAS DE L’ART….MAIS UN REMPART CONTRE LE RETOUR DE LA BÊTE IMMONDE

« Ceci n’est pas une église. » La formule qui donne son titre  à la 16e  édition de la biennale Manifesta reprend celle du tableau de Magritte. Si la pipe n’en est pas une, puisque c’est une peinture, les églises dont s’empare le grand rendez-vous de l’art contemporain, qui se tient jusqu’au 4 octobre 2026 dans la Ruhr, en Allemagne, n’en sont simplement plus.

Après Palerme en 2018, Marseille en 2020, Pristina en 2022 et la banlieue de Barcelone en 2024, la biennale nomade européenne a choisi comme points d’ancrage des lieux de culte catholiques et protestants progressivement désertés.

« Contrairement à la majorité des biennales, Manifesta ne commence jamais par une thématique », résume la Néerlandaise Hedwig Fijen, fondatrice de la manifestation. Mais plutôt des questions comme : « que faire du passé dont nous avons hérité, quel futur voulons-nous pour notre collectivité ?

C’est un catalyseur qui sert à poser de nouvelles bases pour repenser ensemble, et qui mise sur l’art au plus près des habitants. »

Si Manifesta est une biennale d’art, elle se veut donc avant tout un laboratoire d’innovation sociale : chaque implantation est précédée, pendant deux ans, par un état des lieux des problématiques du territoire afin de porter un regard collectif sur ses transformations et dynamiques sociales.

Dans la Ruhr, région la plus peuplée d’Allemagne, les églises délaissées sont apparues comme des symboles visibles des mutations.

Architecture spectaculaire

Ancien centre névralgique de l’industrie minière et sidérurgique du pays, la Ruhr a eu recours à une main-d’œuvre étrangère pendant des décennies. Après la vague d’immigration polonaise du XIXe siècle, la région a recruté à partir du milieu des années 1950 des travailleurs immigrés venus de Turquie (qui composent aujourd’hui la plus grande communauté turque en Europe), d’Italie ou de Yougoslavie. La population a évolué, et l’arrêt définitif des activités industrielles autour du charbon a signé une transformation en profondeur – la dernière mine a fermé fin 2018.

Les sites des anciennes mines, avec leurs tours d’extraction, leurs châteaux d’eau et hauts fourneaux immortalisés par le couple de photographes Bernd Becher (1931-2007) et Hilla Becher (1934-2015), sont fétichisés par les férus de design industriel. Mais le trésor que révèle Manifesta est totalement méconnu : des églises modernistes des années 1950-1960 construites après les bombardements qui ont lourdement ciblé la region pendant la seconde guerre mondiale, au sein d’ilots alliant généralement logements, écoles et maisons de retraite. Des lieux qui étaient d’ailleurs surnommés «églises pantoufles » (Pantoffel Kir-chen), car les habitants pouvaient s’y rendre en chaussons.

Le parcours de la biennale s’étend sur quatre villes (Essen, Duisburg, Gelsenkirchen et Bo-chum) et 12 églises ou temples choisis pour leur architecture spectaculaire et radicale. Les églises ont toujours été des lieux d’art et elles font naturellement de très beaux centres d’art éphémères. Même si la présence centrale de grandes croix au milieu des espaces offre un cadre décalé dans des quartiers où les rares mosquées sont pleines.

Les églises ont perdu leurs communautés dans les mutations de la société ? Réactivons ces lieux vides conçus pour rassembler, déplaçons les frontières sociétales et fonctionnelles au cœur des quartiers, répond Manifesta. Rouvrir les portes des églises fermées pour les confier à des artistes devient ici un geste presque punk.

Certains des lieux qui accueillent les œuvres d’artistes internationaux sont parfois déjà vendus (comme l’église prêtée par un boulanger turc, qui l’a transformée en lieu de stockage), encore partiellement utilisés ou sur le point d’être démolis. Ainsi la monumentale Sainte-Marie, à Essen, à l’ambiance lynchienne, qui regroupe des sculptures et vidéos en lien avec l’univers des églises, des chorales et du chant, dont l’étonnante performance Karaoke Falsetto, par l’artiste Mira M. Yang.

Airs révolutionnaires

Au centre de l’imposante nef supérieure de l’église Notre-Dame, majestueux édifice brutaliste situé en plein cœur de Duisburg, l’artiste britannico-iranien Abbas Zahedi a disposé au sol, face à l’orgue, une installation sonore faite a partir de tuyaux d’orgue cassés qui prennent l’allure de missiles au milieu d’un champ de bataille.

A Gelsenkirchen, le collectif catalan Penique Productions a métamorphosé l’intérieur de l’église Saint-Joseph en le tapissant d’une bâche en plastique bleu, couleur du club de football local, dans un clin d’œil aux immenses Monochromes bleus dont Yves Klein a orné l’élégante salle de concerts de la ville. ws instantanément adopté par les enfants du quartier, et dans lequel chaque tir manqué déclenche un harmonique de messe.

L’église du Christ-Roi de Bo-chum, reconstruite à l’identique après la guerre, est riche d’œuvres mélancoliques, comme la splendide installation de l’artiste tchè que Eva Kotatkova au sol de sa vaste nef, Quand les animaux tombent du ciel (2026), qui transforme l’espace en hôpital apocalyptique pour oiseaux et papillons géants

Des œuvres se trouvent aussi à l’extérieur des églises. A Gelsen-kirchen, l’horloge de Dennis Sie-ring diffuse à heure fixe des airs révolutionnaires depuis un ar-bre, comme pour inciter les oiseaux à siffler Bella Ciao ou L’Internationale devant la lumineuse et minimaliste Thomas kirche, en passe de devenir un cabinet d’architectes.

Sur la pelouse de l’église Geth semane de Bochum, construite en bois à partir des ruines d’une église bombardée, une monumentale cloche gonflable signée Marina Naprushkina, artiste biélorusse installée en Allemagne constitue une aire de jeux décalée, à côté de la cloche d’origine de l’église, sauvée des bombardements. Elle affiche un slogan en lettres gothiques : « Wir gehen nicht ! We’ll never go back ! » (« nous ne reviendrons pas », en allemand et en anglais).

Sauter dessus, à pieds joints devient moins un jeu qu’une façon d’imaginer la précarité permanente liée à l’exil. •

Emmanuelle Jardonnet.

« This Is Not a Church », biennale Manifesta 16, dans la Ruhr (Allemagne)

jusqu’au 4 octobre. Entrée libre.

2 – L’ART « CONTEMPORAIN CONTRE LA « MONTÉE DES EXTRÊMES

Un article paru dans le Monde du 1er août 2026

« L’art peut vraiment jouer un rôle de signal d’alarme »…

… Un entretien avec Hedwig Fijen, fondatrice de Manifesta, évoque les enjeux de cette biennale nomade dans une Europe confrontée à la montée des extrêmes

La charismatique fondatrice néerlandaise de Manifesta, qui a bâti la biennale d’art contemporain depuis trente ans dans des territoires toujours différents, en dialogue avec les structures politiques locales, dirige sa dernière édition dans la Ruhr, en Allemagne. Pour la prochaine édi-tion, à Coimbra, au Portugal, en 2028, elle passe la main à son bras droit, Emilia van Lynden, qui devient directrice générale, et à l’Australienne Catherine Nichols en tant que directrice artistique.

Quel bilan tirez-vous de vos années à la tête de Manifesta ?

Ce fut un parcours en dents de scie, très éprouvant. Je pense qu’au moment où j’ai lancé Manifesta, il n’y avait pas une telle urgence à travailler sur l’Europe, on ne parlait que de mondialisation.

Aujourd’hui, avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la guerre, nous assistons à une montée de la droite radicale partout – en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, alors même que nos alliés transatlantiques se sont éloignés. Notre principe est toujours d’observer l’Europe à travers le prisme d’une ville ou d’une région donnée, et d’examiner ce que l’Europe peut incarner et rendre possible. Partout, la société est sous pression, la confiance envers la politique s’érode, la désinformation se généralise.

Ma génération croyait que la paix y serait éternelle. Je suis très inquiète pour l’avenir du continent, mais l’action de Manifesta reste optimiste. C’est nécessaire, surtout pour la jeune génération, de montrer qu’il faut rester unis et combattre l’extrême droite. Les réseaux sociaux vont tuer notre démocratie, mais l’art peut vraiment jouer un rôle de signal d’alarme.

Pourquoi avoir choisi la Ruhr pour conclure votre action ?

La candidature de la Ruhr est arrivée dès 2020. J’ai trouvé que c’était un excellent choix car cette région est symbolise la situation actuelle de l’Europe, avec ses mutations économiques et sociales et ses problématiques migratoires. C’est la première fois que Manifesta se déploie dans un seul type de bâtiments, en l’occurrence des églises.

Comment avez-vous procédé ?

On commence toujours par se demander où l’on se trouve et ce qu’il se passe sur place, avec une première approche à la fois architecturale et sociologique. Quand je suis arrivée ici une personne d’une association locale m’a parlé d’une église devenue une boulangerie. Ça m’a étonnée, et elle m’a expliqué le phénomène rapide de désacralisation qui touche les églises de la région. Il y a déjà quelque 3 000 lieux de culte vides, et d’ici cinq à dix ans, ce nombre devrait monter à 20 000.

Après des recherches, j’ai soumis un cadre conceptuel à l’équipe, puis j’ai proposé à Josep Bohigas. un architecte catalan spécialiste destransformations urbaines, de construire le projet avec moi. Il est l’un des médiateurs créatifs de notre équipe de huit commissaires européens. Certains sont en duos intergénérationnels, avec un commissaire qui a l’âge de ces églises construites après-guerre et un jeune commissaire pour placer le dialogue au centre de la réflexion Sans oublier d’aborder l’histoire des populations musulmanes qui ont commencé à travailler ici dans les mines. Une histoire peu racontée et qui s’adresse aussi à un public différent de celui qui vient habituellement voir Manifesta Mettre de l’art dans des lieux de culte chrétiens délaissés est une idée un peu déroutante.

N’aviez-vous pas peur de prêter le flanc aux obsessions de « grand remplacement» distillées par l’extrême droite ?

Nous posons une question : qu’allez-vous faire de vos églises ?

Des lieux culturels. des abris climatiques naturellement frais, des lieux de culte pour d’autres religions, qui ont besoin de davantage d’espaces ?

En parallèle, nous avons à cœur de montrer toute la diversité de l’histoire de la Ruhr, en partie liée aux migrations de travailleurs. Et nous sommes rassurés de voir que la majorité des habitants de la région soutiennent

notre initiative.

Même si nous avons suivi ici une formation à la sécurité et à la gestion de l’escalade des tensions, pour contrer si besoin l’extrême droite dans les médias et sur les réseaux sociaux. » … Ben voyons Ginette ! Il suffit de le dire clairement !

Propos recueillis par Emmanuele Jardonnet

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *