
Simone Picciotto vient de nous quitter à 96 ans.
C’était une amie de longue date. C’était une « artiste de fond, au long cours , solide, profonde, d’une douceur pleine de force intérieure ; une artiste « durable » en quelque sorte, à valeur forcément patrimoniale. » comme le dit plus loin le texte de Pierre Souchaud. ..Une artiste intemporelle
Simone Picciotto. La profondeur et la grâce
Par Pierre Souchaud
Je connais Simone Picciotto depuis près de cinquante ans, puisque nous avions la même galerie pour nous exposer à Paris au début des années 70. C’était la galerie La Roue, rue Grégoire de Tours, dirigée par Guy Resse, un homme d’une grande et douce affabilité, ami de Roger Bissière et de Camille Bryen, et qui faisait discrètement dans le fond de sa galerie des petits collages abstraits très subtils et poétiques.
C’était un galeriste modèle, ouvert à toutes les formes d’expressions. Simone Picciotto , la figurative (1) y côtoyait les abstraites Maria Manton, Jeanne Coppel, Esther Hess, Pierrette Bloch et Karskaya. Il y avait aussi Chafic Abboud, Abraham Hadad, Geer Van Velde, Moreno Pincas, Giai-Miniet, et bien d’autres amis aux écritures très différentes les uns des autres.
L’art dit « singulier » n’existait pas encore . (l’art dit « contemporain » non plus… ou alors très peu) et Simone était une créatrice parmi les autres, pas encore catégorisée « singulière » et pas encore frappée d’ « anti-contemporanéité » …C’était le bon temps où les critiques d’art, qui aimaient, connaissaient la peinture et savaient en parler, avaient encore quelque audience.
Simone est l’exemple même de l’artiste « de fond », au long cours, solide, profonde, d’une douceur pleine de force intérieure ; une artiste « durable » en quelque sorte, à valeur forcément patrimoniale( 2). Une artiste à contenu, à nécessité interne, « metteuse » en forme de ses rêves et de ses fantasmagories à elle, pour les faire partager ; une artiste inventeuse d’un vocabulaire et d’une syntaxe plastiques tout à fait personnels et uniques ; un langage pictural serrant de près le matériau utilisé, comme s’il en émanait naturellement, comme il émane des tréfonds d’elle-même, et comme il émane d’un ailleurs autant familier qu’irréel.
Une œuvre vraie, à la fois séraphique et déterminée, pleine, intense, irréfutable, mystérieusement évidente, immédiatement identifiable, irréductible, inépuisable au regard et d’une grâce parfaitement intemporelle.
- Quoique….la première fois que Guy Resse a regardé une peinture de Simone , il y avait vu une belle abstraction….car elle lui avait été montrée le bas en haut…
2 – Je n’ai trouvé aucune trace de Simone Picciotto dans aucun FRAC… Ce qui me semble normal , car l’art de FRAC dit contemporain , c’est bien connu, ne s’intéresse pas aux valeurs patrimoniales …sauf pour les parasiter afin de se donner l’illusion d’avoir lui-même valeur plus « durable »
Plus d’infos et d’images sur Simone PIcciott :
https://www.simonepicciotto.com
Les obsèques de Simone Picciotto auront lieu le 4 août, à 11h 30 au crématorium du Père Lachaise, 70 ru Rondeau Paris 20e
Très belle hommage à une grande dame, discrète et authentique.
J’espère que son œuvre sera enfin reconnue à sa juste valeur.
C’est une bien triste nouvelle. J’ai toujours beaucoup aimé sa peinture, difficile à classer, si tant est qu’il soit nécessaire de le faire… L’émotion suffit.