
À quelques jours de son inauguration officielle, l’installation éphémère monumentale de l’artiste JR a subi d’importantes dégradations mardi après-midi.
L’ouverture au public de La Caverne du Pont-Neuf, prévue samedi 6 juin, est reportée. L’installation monumentale de JR, qui doit transformer pendant trois semaines le plus ancien pont de Paris en grotte artificielle, a été endommagée mardi 2 juin par un violent épisode météorologique. De fortes rafales ont déchiré une partie de la toile imprimée recouvrant la structure gonflable, laissant apparaître par endroits les boudins d’air qui assurent son volume.
Dans un communiqué de presse, l’Atelier JR, la Fondation Christo et Jeanne-Claude et l’Amicale des Ponts de Paris indiquent que les experts techniques doivent encore établir les circonstances exactes de l’incident. Une nouvelle date d’ouverture sera annoncée après l’évaluation complète des dégâts. Aucun blessé n’a été signalé.
Conçue comme un hommage à The Pont Neuf Wrapped, l’empaquetage réalisé en 1985 par Christo et Jeanne-Claude, La Caverne du Pont-Neuf devait être accessible gratuitement, jour et nuit, jusqu’au 28 juin. L’œuvre prend la forme d’une enveloppe de toile polyester imprimée de 120 mètres de long, 20 mètres de large et jusqu’à 18 mètres de haut. Elle mobilise 18 900 m² de toile, répartis en dix modules, et environ 20 000 m³ d’air insufflé.
Le dispositif constitue un défi technique. Le Pont-Neuf, classé monument historique, ne peut recevoir ni clou ni vis dans la pierre. La structure repose donc sur des systèmes temporaires et sur une mise sous pression continue. Cette contrainte technique, essentielle pour préserver le monument, accentue la sensibilité de l’ensemble aux conditions météorologiques. Les images diffusées depuis mardi montrent une installation spectaculaire, mais aussi vulnérable au vent, dans un site très exposé au-dessus de la Seine.
Le report intervient alors que le chantier entrait dans sa phase finale. Des équipes de réparation sont désormais mobilisées pour évaluer les parties déchirées, décider de leur reprise ou de leur remplacement et sécuriser le parcours public prévu à l’intérieur de l’œuvre.
Ce report ouvre également une inconnue financière. JR revendique, comme Christo et Jeanne-Claude, un projet sans argent public direct. Mais ce modèle est moins simple qu’il n’y paraît. Les ventes d’œuvres de JR et l’exposition des esquisses chez Perrotin ne couvriraient qu’une partie du budget, tandis que « la partie la plus importante » proviendrait du mécénat réuni par le fonds de dotation de l’Amicale des Ponts de Paris. Les réparations, la prolongation éventuelle du chantier, la mobilisation d’équipes supplémentaires et le maintien des dispositifs de sécurité pourraient donc alourdir le financement.