
La galerie Christophe Gaillard expose l’artiste « qui se distingua du minimalisme par une œuvre imprégnée d’une charge émotionnelle. »…
« Je veux que mes sculptures créent un monde, un espace, un lieu qui aient un effet sur vous […]. Le lieu porte une empreinte émotionnelle et une empreinte humaine qui excèdent la réalité physique »… Ben voyons Ginette ! Pourquoi se gêner ?
Mais qu’à cela ne tienne, ça mérite quand même ce texte d’anthologie de la critique d’art cireuse de pompes, de l’art d’Etat de Henry-François Debailleux, l’éminent premier pigiste d’art à Libération:
« Il s’agit de la deuxième exposition que la galerie consacre à Richard Nonas, et de la première depuis sa mort, en mai 2021. Cette précision prend toute son importance : la galerie avait pu travailler, lors de la première mouture, directement avec l’artiste et ainsi apprécier plus finement sa démarche singulière, souvent trop vite rattachée à l’art minimal. Richard Nonas, né en 1936 à New York, revendiquera toujours sa différence avec Donald Judd, Sol LeWitt et Carl Andre, bien qu’ayant commencé sa carrière au même moment qu’eux.
Et pourtant son travail est tout aussi sec, radical… minimal que ses contemporains, à l’exemple de l’œuvre de grande dimension (Sans titre, 2016), composée de douze modules identiques (dix dans la grande salle, deux dans l’entrée), en granit éclaté du Portugal, simplement posés au sol, disposés en croix. Cette figure, décalée, évoquant un « T » à la barre décentrée, d’une belle austérité et d’une très grande force, est récurrente chez lui. La croix, qui s’inscrit dans l’esprit du constructivisme (Tatline, Rodtchenko) et du suprématisme (Malevitch), possède évidemment une connotation symbolique, mythologique, religieuse, même si elle s’auréole toujours chez Nonas d’un certain mystère.
D’où vient alors cette différence avec ses confrères ? Je vous le demande
Tout simplement de son parcours : après une formation universitaire, Nonas est diplômé en littérature et en anthropologie. Dès lors, il consacre une décennie à travailler auprès des Indiens d’Amérique, au Mexique et en Arizona, puis chez les Inuits au Canada. Une somme d’expériences qui l’a conduit à développer un sens aigu du rapport à l’espace, une sensibilité au vibratoire de la matière et un goût du dépouillement. Mais également une sobriété chargée d’âme, de présence, d’une aura sensible – soit le versant spirituel de l’art…Agreuh ! Passez-moi ma ventoline !
Une « empreinte humaine »
À une tout autre échelle, ces mêmes aspects se retrouvent dans une série de toutes petites pièces murales, telles des délicatesses, à la fois simples, presque « minimales », mais aussi fragiles et d’une grande sensibilité en raison de l’ajustement volontairement maladroit, souvent imparfait et bancal de leurs éléments. Ces œuvres apparaissent comme l’expression même de ce rapport à l’humain et à la nature qui a toujours fait vivre et vibrer le matériau. « Je veux que mes sculptures créent un monde, un espace, un lieu qui aient un effet sur vous […]. Le lieu porte une empreinte émotionnelle et une empreinte humaine qui excèdent la réalité physique », nous avait confié Richard Nonas lors de son exposition au Musée d’art moderne de Saint-Étienne Métropole, à l’été 2010 (sous le commissariat de son directeur de l’époque, Lorand Hegyi), alors la plus importante qui lui ait été consacrée en Europe. Et ces empreintes renvoient bien à ce que l’on ressent : un souffle hors du commun.
Entre 15 000 euros pour les plus petites pièces et 240 000 euros pour la grande œuvre au sol, les prix correspondent à sa carrière et à la notoriété d’un artiste qui a, de tout temps et jusqu’à aujourd’hui, suscité l’attention de ses pairs.HFD » Ben voyons ! Pourquoi se gêner ?