
Exit Jack Lang à qui la France doit tant culturellement parlant: la fete de la musique, l’art contemporain, les FRAC, les colonnes de Buren, les pigeons de Kader Attia, le street-ar, etc.
On ne le voit plus. On ne l’entend plus. Vexé, il s’est réfugié dans son hôtel de luxe au Maroc pour bouder .
Personne n’ose plus en parler, tant on a honte d’être français avec cette sordide histoire … mais on a tort, car ce n’est pas un fait divers, mais un fait de société significatif.
La revue Artension fait donc bien de remettre ça sur la table de dissection sociologique , sous plume de l’excellente Christine Sourgins dans sa chronique « Grain de sel » du numéro de juillet, dont je vous livre ici de larges extraits , assortis des délicieux échanges mails Lang-Epstein.
« L’implication de Jack Lang et sa fille dans les mails de Jeffrey Epstein montre la rencontre de deux réseaux: artistique d’une part et pédofinancier de l’autre, au sein d’une même oligarchie très, très classe. Celle-là même où est né le terme « arty», forgé en 2008 sur «art» et « sexy» (avec Epstein on comprend mieux pourquoi). « Arty» connote le mode de vie d’une élite internationale, mélangeant fric, coolitude et transgression. Trois ingrédients qui foisonnent dans l’entourage d’Epstein, un monde hors-sol, en totale lévitation.
Question «fric», est en cause un montage offshore (a priori éloigné du fisc) d’achat d’art contemporain où Epstein investit 20 millions de dollars en 2016. L’investisseur et ses conseillers, Jack Lang possiblement, se partageraient les bénéfices. Y aurait-il eu, pour l’ancien ministre, «mélange des genres»? Car dans l’Art contemporain officiel et financier,l’AC: n’importe quoi peut devenir de l’AC mais pas n’importe comment, il faut un réseau qui construise de la valeur.
Or Jack Lang a un agenda fabuleux, il connaît tout le monde. En France, quand il était ministre de F. Mitterrand, il a créé ce monde culturel en institutionnalisant l’AC: nombre de gens haut placés lui doivent tout et n’ont pas grand-chose a lui refuser. Énième trahison d’une intelligentsia qui, officiellement, peste contre la vassalisation de l’art par la finance internationale, alors qu’elle s’est alignée (et l’État avec elle) sur le marché financier de l’art new-yorkais?
Epstein portait aussi grand intérêt aux jeunes et pas seulement pour leurs performances « sexy» mais aussi « arty». Officiellement, ce fonds Prytanee LLC, celui où les Lang père et fille sont impliqués, est méritoire: «il soutient par ses achats de jeunes artistes prometteurs».
Certes, il y a en art des mécènes désireux d’aider les jeunes pousses mais ne soyons pas naifs: l’affaire Epstein dévoile la vraie nature de l’appétence de l’AC pour la jeunesse, au point que, la encore, sont apparus ces mots nouveaux d’« artistes émergents». Point de philanthropie ou de romantisme mais du réalisme spéculatif. Car, pour bien spéculer, il faut de jeunes artistes, toujours et encore plus, car eux seuls ont une cote si basse au départ qu’elle ne peut que fortement grimper.
Avec un artiste reconnu dont la cote est déjà forte, la perspective de profit est moindre. L’AC consomme, dévore « les jeunes», avant de les laisser choir en seconde partie de carrière.
Le parquet national financier enquête et dira s’il y a juridiquement délit, trafic d’influence ou blanchiment d’argent. Pas sûr que la bureaucratie culturelle et étatique française soit inquiétée pour son éventuelle fabrication déloyale de cotes artistiques.
Mais l’affaire Epstein montre pourquoi cette fabrique de renommées évacue tout critère de valeur esthétique: c’est d’abord un montage médiatico-financier.
Voilà pourquoi il fallait déconstruire toute notion de beauté… »
Dans l’intimité des échanges mails entre Epstein et son vieil ami Lang
Le blog « Grain de sel » de Christine Sourgins :