
Par Mar Vérat
(Ce texte sera envoyé aux parlementaires pour alimenter leur information en prévision de l’inéluctable commission d’enquête à venir sur le désastreux interventionnisme de l’État sur la création artistique française.)
C’est une particularité de la culture administrée française, qui appauvrit le présent… mais aussi l’avenir
En privilégiant quasi exclusivement l’art contemporain institutionnel, de type posturo- conceptualo-bidulaire , on produit un effet qui dévalorise toutes les autres formes de création actuelles, qu’il s’agisse d’artisanat d’art, de peinture figurative, de pratiques amateurs exigeantes, ou même de disciplines hybrides qui ne rentrent pas dans les catégories légitimes.
Ce mécanisme a plusieurs conséquences structurantes :
Une hiérarchie artificielle des pratiques, l’art contemporain institutionnel devient la norme. Tout ce qui n’y correspond pas est relégué au rang inférieur, non pertinent, même quand la qualité est là.
Cela crée un monopole symbolique qui n’a rien de naturel, suivi par un appauvrissement conséquent du futur patrimoine.
Si l’on ne collecte, ne conserve et ne valorise qu’un seul type de création, on réduit fatalement la diversité de ce qui sera transmis aux générations futures ; on efface des pans entiers de la sensibilité contemporaine, notamment les pratiques populaires, vernaculaires ou non institutionnelles. On fabrique un patrimoine biaisé, qui ne reflète pas la pluralité réelle des imaginaires d’aujourd’hui.
L’histoire de l’art montre pourtant que les œuvres jugées mineures à une époque deviennent parfois importantes et considérées plus tard. En verrouillant trop tôt ce qui mérite d’être conservé, on stérilise la capacité d’étonnement du futur.
Moins de diversité égale moins d’innovation. Moins de reconnaissance équivaut à moins de transmission de savoir-faire. Moins de pluralité engendre un écosystème fragile, dépendant d’un seul modèle esthétique et institutionnel.
Une politique culturelle d’Etat devrait reconnaître plusieurs régimes de création ; soutenir plusieurs tendances ; constituer divers types de patrimoines et accepter que la valeur artistique ne se décrète pas uniquement depuis les institutions centrales.
Conséquences :
Ce qui ne correspond pas aux codes de l’art contemporain n’est pas exposé, n’est pas acheté, n’est pas enseigné, n’est pas commenté, n’est pas conservé. Autrement dit il n’existe pas dans l’espace public légitime. Ce qui, bien sûr, ne devrait pas être.
Cette confiscation du patrimoine futur conduit vers des collections monocordes où les sensibilités alternatives seront effacées, et les futurs historiens auront une vision tronquée de notre époque. L’exclusivité institutionnelle produit donc un appauvrissement mémoriel. L’exclusivité institutionnelle accordée à l’art contemporain crée un monopole symbolique qui marginalise toutes les autres formes de création et compromet la diversité du patrimoine que nous léguerons.