LA CULTURE POLITISÉE : LE JOURNAL DES ARTS BALANCE…

Bravo à toi, Journal des Arts, d’oser aborder le sujet de l’instrumentalisation de l’art et de la culture, et de leur bourrage idéologique qui se pratique bien au-delà des seules élections municipales…Ne serais-tu pas un peu contaminé par la lecture de Nicole Esterolle ?

La culture sera politique ou ne sera pas.

À Paris, les projets des candidats révèlent une forme de radicalisation, transformant l’art en un outil identitaire ou un pur moteur économique.

 LFI, avec Sophia Chikirou prône une culture de « lutte » et de « décolonisation »« La culture à Paris est pour les riches, nous la rendrons au peuple »… Bravo Sophia ! t’es une vraie camarade !

 « Il faut penser la culture dans un contexte de radicalisation politique totale. » Sur la petite estrade de la Cantine de la Cigale, boulevard de Rochechouart, Emmanuel Grégoire donne le ton. La culture sera politique. Ou ne sera pas. Paris est devenue un ring où se cognent des visions du monde irréconciliables. Déjà malmené, le consensus Malraux-Lang, qui plaçait la culture au-dessus des partis, semble cette fois voué à l’explosion.

Pour ériger la culture en rempart, Emmanuel Grégoire, fort de ses 30 % d’intentions de vote, veut sanctuariser l’expression artistique via un Défenseur de la liberté de création et de diffusion. Intention louable, mais l’art a-t-il besoin d’un tampon administratif ? Plus militante, la LFI Sophia Chikirou que les sondages créditent de 12 % des voix, prône une culture de « lutte » et de « décolonisation »« La culture à Paris est pour les riches, nous la rendrons au peuple », martèle son colistier Roland Timsit. Même le très cartésien Pierre-Yves Bournazel finit, lui aussi, par céder aux sirènes idéologiques. Il défend ainsi la création de zones d’entreprise créative (ZEC) dotées d’exonérations foncières car explique-t-il, « les industries créatives sont à mes yeux un moteur économique et un bouclier contre les extrémismes et la haine de la liberté ».

Plus à droite, les positions sont claires. Tranchantes. Sarah Knafo, figure de proue de Reconquête qui rassemble 11 % des suffrages, prêche pour une « politique du beau » et fustige les « structures militantes », en épinglant « la grenouille de la place Vendôme qui fait honte aux Parisiens ». Une ambition esthétique soutenue par une purge budgétaire. Elle propose de diviser par deux, la masse salariale de la culture et de revoir les subventions selon des critères de fréquentation réelle. Même combat pour Rachida Dati. Ses 24 % de socle électoral lui permettent de tacler une majorité sortante ayant « transformé la culture en instrument militant ». Juste avant de s’octroyer le rôle d’Inquisitrice en prônant la création d’une « commission de contrôle » pour supprimer les « subventions militantes ». Le RN suit. « On veut supprimer les aides aux associations politisées et extérieures à Paris », prévient Céline Dupuis-Lagarde, la colistière de Thierry Mariani. Le « choc esthétique » de Malraux appartient désormais au passé. La culture sert une cause politique où un tri préalable est fait entre le « bon art » et le « mauvais art ».

La guerre des identités

Même le patrimoine n’échappe plus à la controverse. Le consensus Malraux-Lang permettait à la fois de financer l’Opéra, les arts de la rue. Et le patrimoine cultuel. Cette cohabitation explose. En proposant d’investir massivement dans les églises et le patrimoine historique français, les candidats de droite et de son extrême veulent recentrer le budget sur l’identité en évacuant une culture contemporaine « gadget » comme la grenouille de la place Vendôme. Si la candidate de Reconquête entend consacrer « 300 millions d’euros sur le mandat pour les restaurer », Pierre-Yves Bournazel n’est pas en reste. Il veut lancer « un plan décennal de rénovation des 96 églises communales parisiennes, doté d’un budget d’environ 200 millions d’euros sur dix ans ». Même ambition cultuelle pour Rachida Dati – qui n’a chiffré aucune de ses propositions culturelles –, et pour le RN qui veut faire un audit préalable.

À l’opposé, mais tout aussi militant, Emmanuel Grégoire veut investir l’est de Paris avec le projet d’aménagement 2031 pour le centenaire de l’exposition coloniale de 1931. « L’ambition est de valoriser l’immigration en mettant en exergue les richesses qu’elle a contribué à apporter à notre histoire. » Pour porter ce type de chantiers, il compte augmenter de 10 %, le budget culturel de la Ville fixé aujourd’hui à 252 millions d’euros. Interrogé à ce sujet, le candidat de gauche est très confiant. « Nous savons pouvoir dégager 25 millions d’euros de plus pour ce budget et cela n’interdit pas d’avoir un travail de réaffectation, affirme-t-il. Dans le même temps, notre objectif est que 75 % des investissements soient autofinancés. »

Alors qu’un consensus quasi miraculeux s’est formé autour du rejet massif des tirages au sort dans les conservatoires de musique, une autre bataille se joue autour du petit patrimoine urbain de la Capitale. Et là, même si l’unité semble condamner la « vague de bois » et le mobilier « jetable » de l’ère Hidalgo, les raisons divergent. Pour Thierry Mariani cautionné d’à peine 5 % des intentions de vote, et Sarah Knafo qui chiffre cette dépense à 170 millions d’euros, c’est une affaire d’honneur national. Pour Pierre-Yves Bournazel, c’est une question de standing pour la « Ville Lumière ». D’ailleurs, pour porter ses objectifs, il projette d’augmenter de 30 % le budget culturel de la Ville en s’appuyant sur 7 milliards d’économies globales. Son programme est sans doute le plus abouti techniquement car chiffré dans le détail. « Nous avons travaillé avec 367 experts et notre projet est financé », assure-t-il.

« Dépolitiser le patrimoine »

Le patrimoine est ainsi au cœur d’une bataille idéologique. « Nous voulons reprendre la main sur ces biens communs en les rendant au peuple », affirme Roland Timsit en fustigeant la cession de la Bourse de Commerce pour 1 € à François Pinault. Cette volonté de rupture se traduit dans les chiffres car, même si l’augmentation du budget est moindre pour LFI, de l’ordre de 3 %, l’heure est au redéploiement total. « On se mobilise pour soutenir les petites associations, mais aussi les librairies et les cinémas indépendants en créant un fonds d’aide de 100 000 € », ajoute Roland Timsit. De son côté, Sarah Knafo ambitionne de « dépolitiser le patrimoine » et de l’expurger pour le remettre « au service du beau ». Plus intrusive encore, elle veut mettre en place « une obligation d’autorisation municipale pour l’ouverture de commerces dans les quartiers touristiques ». L’objectif est d’éviter que ces derniers se retrouvent « envahis de kebabs, autres fast-foods et de boutiques de porte-clés qui clignotent », ajoute-t-elle avec gravité.

Même fièvre de contrôle pour la maire du 7e arrondissement. Le 10 février dernier, elle a annoncé son intention de s’improviser commissaire d’exposition pour deux hauts lieux de la Capitale. Au Musée Carnavalet, Rachida Dati entend ainsi y chasser les thématiques trop sociales ou politiques pour imposer une exposition permanente dédiée à « l’élégance parisienne ou au luxe ». Un soupçon de clientélisme peut-être ? Et au CentQuatre, temple de la mixité et de l’expérimentation, elle s’attaque à une nouvelle programmation en supprimant les projets « cryptiques » ou « inutilement militants ». Bref, un grand ménage de printemps pour troquer l’avant-garde contre des « spectacles plus accessibles et populaires ». Une tentation qui ne semble pas absente du programme de Pierre-Yves Bournazel. Le candidat déplore que « la Ville engage 70 à 80 millions d’euros par an sans toujours savoir précisément ce que coûte chaque exposition ni ce qu’elle rapporte réellement » et propose de mettre « en place une comptabilité analytique obligatoire par musée et par exposition ».

Musée féministe contre orgues de Barbarie

Partant de ces positionnements budgétaires, chaque candidat porte un projet emblématique qui résume sa philosophie. Pour Emmanuel Grégoire, il s’incarne à la fois dans le projet 2031 et « dans la création d’un musée des arts et des cultures féministes qui siègera dans un grand lieu historique de Paris ». Ce lieu inspiré des fondatrices du WeToo festival sera dédié à la création des artistes femmes et à la diffusion de leur œuvre. Militant aussi et dans l’air du temps, Pierre-Yves Bournazel convoite la création d’un centre d’arts LGBTQIA+ pour un coût d’aménagement estimé à 8 millions d’euros. Côté LR, Rachida Dati ne se contente pas de mettre le Champ-de-Mars sous cloche la nuit, elle veut transformer 20 toits-terrasses « en lieu de diffusion estivale gratuite ». Un Paris Plages version altitude ? En tous les cas, elle poursuit sa chasse avec un projet partagé avec le candidat centriste. Tous deux se projettent dans la création d’une Villa Médicis à la française. Future institution qu’elle loge dans l’ex-mairie du 1er arrondissement alors que Pierre-Yves Bournazel, plus précis, la baptise « Villa Niki » et sort sa calculette pour chiffrer le projet « entre 80 et 120 millions d’euros ». Une surenchère de prestige qui fait s’étrangler Roland Timsit. « Pas question de faire encore des pyramides du Louvre, s’énerve-t-il. Car nous voulons utiliser cet argent pour l’accès à la culture des Parisiens en créant, par exemple, une MJC dans chaque quartier. » Toutefois, LFI ne s’interdit pas une légère dyslexie en envisageant la création d’un nouveau musée d’art contemporain.

Les droites extrêmes se sont recentrées, elles aussi, sur leur fond idéologique. « Il faut rendre son âme à Paris ! » s’exclame Céline Dupuis-Lagarde. Nous allons créer un pool d’accordéonistes et de tourneurs d’orgues de Barbarie qui circuleront dans les rues, mais aussi un concours de chorale, organisé chaque année entre les écoles. » Sarah Knafo est plus ambitieuse. « L’organisation d’une exposition universelle serait un grand et beau projet fédérateur pour faire briller Paris », énonce-t-elle. Qu’elle compte faire valider par référendum.

Consensus autour des résidences d’artistes

Malgré ces oppositions majeures, tous craignent pourtant que la Ville Lumière ne se vide de ses artistes en raison de la cherté des loyers. Bref, un Paris transformé en coquille vide. Chacun y remédie à sa manière. Sarah Knafo, par exemple, caresse l’idée d’une très élitiste Maison des Talents.« Ce lieu réunira dans un bâtiment exceptionnel les jeunes étudiants et apprentis les plus brillants dans leur domaine que ce soit en science, littérature, artisanat et métiers d’art », souligne-t-elle. LFI compte réhabiliter les ateliers d’artistes dans tous les arrondissements de la capitale : « Nous allons réquisitionner des milliers de lieux vacants pour créer ces ateliers et des logements pour les artistes, annonce Roland Timsit. Et nous consoliderons les lieux artistiques existants comme les Frigos dans le 13e arrondissement, menacés de fermeture. »

Sans aller jusqu’à la réquisition, Pierre-Yves Bournazel veut affecter 500 ateliers-logements aux artistes avec un bail limité pour « favoriser la rotation et mettre le pied à l’étrier aux talents en devenir », explique-t-il. Avec les ZEC, ne craint-il pas une marchandisation de la culture ? « C’est tout le contraire ! se défend-il. Ça incite les acteurs culturels à rester sur le territoire pour développer des emplois et mener des projets à bien. » Les socialistes, enfin, veulent instaurer une garantie municipale des loyers pour offrir aux intermittents du spectacle et aux artistes-auteurs la possibilité de vivre à Paris. « Nous créerons aussi des ateliers et des lieux de répétitions mutualisés pour que Paris reste un lieu d’émergence des courants artistiques », ajoute Emmanuel Grégoire.

Mais déjà le soir tombe. Sur le trottoir du Moulin Rouge, un artiste transformiste du cabaret La Barbichette se presse pour rejoindre le métro en baissant la tête. Il pleut. Ses yeux, débarrassés de leurs faux cils, restent charbonneux et dessinent une silhouette fatiguée. Cette ombre furtive est le rappel brutal que la création est d’abord un souffle fragile avant d’être un enjeu électoral. Car à force de vouloir transformer l’art en rempart social ou en produit d’appel pour générer de la valeur, les candidats risquent d’oublier l’essentiel… La création ne respire jamais mieux que lorsqu’elle n’est pas « utile ».

Paris la nuit, « silence, on s’éclate »  


Paris. Si tous les candidats s’accordent sur l’importance économique du Paris festif, la fracture est nette. D’un coté, ceux qui veulent réguler par la police et le foncier à l’instar de Rachida Dati ou Sarah Knafo. De l’autre, les défenseurs de la vie nocturne comme liberté fondamentale, tels Emmanuel Grégoire et Sophia Chikirou, mais… pas de la même manière. Le candidat socialiste souhaite créer des zones de « liberté nocturne » où les établissements bénéficieront d’horaires élargis alors que Sophia Chikirou milite pour une « démarchandisation » de la fête en favorisant des liesses locales gratuites et des lieux auto-gérés. À droite, la fête est sous contrôle. La candidate LR prône un contrôle accru des établissements jugés « militants » ou perturbateurs. Alors que Sarah Knafo veut renouer avec l’esprit de la Fête de la musique en… interdisant. Notamment les musiques enregistrées. Pour le candidat Renaissance-Horizon, la fête passe par la re-création d’un carnaval de Paris tombé cette année au champ d’honneur en raison d’un manque de moyens.

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