
« C’est désormais en homme libre, comme je l’ai toujours été, que j’entends bien poursuivre mes combats et mes recherches intellectuelles. »
La Lettre de Jack Lang,
président de l’Institut du monde arabe, au ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot
Monsieur le Ministre,
L’Institut du monde arabe est une institution unique au monde, que la France doit chérir avec fierté et reconnaissance.
Avec le président François Mitterrand, j’ai été l’inspirateur de la réalisation de son bâtiment iconique.
D’importantes manifestations célébreront bientôt les 40 ans de son ouverture.
Au moment de ma nomination, le journal Le Monde évoquait un « joli champ de ruines » pour dépeindre l’état de l’Institut du monde arabe. J’ai consacré mon énergie à redonner à l’institution son plein éclat et un rayonnement mondial.
Cette métamorphose a été rendue possible grâce aux équipes exceptionnelles qui m’accompagnent.
L’année qui débute est placée sous le signe des « Nouvelles Andalousies ». Elle sera riche d’expositions magnifiques, « Alhambra », « Esclaves en Méditerranée », « Byblos, cité millénaire du Liban » ou encore « Médecines arabes » et ne manqueront pas d’attirer un public toujours plus fidèle et nombreux.
2026 sera aussi marquée par le lancement du nouveau musée et de la maison de la langue arabe.
Vous avez vous-même déclaré que je devais veiller à l’intégrité de cette institution.
Vous avez parfaitement raison.
Le climat actuel, mêlant attaques personnelles, soupçons et amalgames, par ailleurs tous infondés, est délétère. Il me révolte et me répugne. Il ne peut que nuire à cette magnifique institution.
Afin de préserver l’Institut du monde arabe et son travail exemplaire, et de pouvoir sereinement récuser toutes les accusations qui m’assaillent, je propose de remettre ma démission lors d’un prochain conseil d’administration extraordinaire, qui pourra également choisir mon successeur afin d’éviter toute rupture de continuité.
Je tiens à vous dire ma gratitude personnelle pour votre soutien constant, le vôtre comme celui de votre cabinet, des ambassades et instituts et de l’ensemble du personnel du quai d’Orsay, qui ont contribué, grâce à une coopération toujours exemplaire, à renforcer la place de la France dans le monde arabe. Je remercie également le président de la République pour sa confiance. Les pays arabes, leurs représentants, leurs artistes, leurs sociétés civiles, ont toujours manifesté un appui enthousiaste à notre programmation culturelle.
Enfin, je me réjouis que la justice se saisisse de ce dossier.
Comme professeur de droit, j’ai le plus grand respect pour les juridictions, auxquelles j’apporterai toute ma contribution.
Les accusations portées à mon encontre sont inexactes et je le démontrerai, par-delà le bruit et la fureur des tribunaux médiatique et numérique.
Vous me permettrez de rendre publique cette lettre, afin que chacun comprenne que je n’accepterai jamais que l’Institut du monde arabe, que j’ai eu l’honneur et le bonheur de présider pendant de si longues et belles années, soit entaché par la calomnie.
C’est désormais en homme libre, comme je l’ai toujours été, que j’entends bien poursuivre mes combats et mes recherches intellectuelles.
L’Institut du Monde Arabe coûte aujourd’hui très cher à l’État
Par Marc Vérat
L’IMA, avec ses 200 employés, et son utilité fait l’objet d’un récent débat avec la démission contrainte de son président Jack Lang.
L’institution ne joue pas le rôle critique, intellectuel et scientifique qu’elle devrait mais sert davantage à placer des proches ou des sympathisants, à la manière de bien des agences ou opérateurs de l’État, comme par exemple l’Académie de France à Rome.
L’Institut du monde arabe est structurellement déficitaire. Selon la Cour des comptes, son déficit d’exploitation n’est « jamais inférieur à un million d’euros (2022) et peut même dépasser 4 millions (2017), soit 19 % de marge d’exploitation négative ».
Le financement repose quasi intégralement sur l’argent public, sa gestion interne reste défaillante et plutôt opaque, et sa gouvernance complexe, entre fondation privée et dépendance au Quai d’Orsay, ne manque pas d’interroger sur la pérennité d’un modèle conçu il y a plus de 40 ans.
Les programmations sont jugée inégales : certains y voient davantage un lieu d’événementiel mondain qu’un centre de pensée, son impact est difficile à comprendre.
https://education-programme.over-blog.com/2026/02/1975-le-president-mitterrand.html