
Pourquoi les prix des achats FRAC restent-ils non mentionnés ?
Pourquoi le titre des oeuvres des FRAC est-il si souvent en anglais ?
Voici une implacable analyse de Marc Vérat, que je transmets à toute la population culturelle ministérielle et fraqueuse …..ainsi qu’aux élus de la nation pourvoyeurs de subventions…
Le petit personnel des comités d’achats de FRAC va-t-il encore longtemps pouvoir « se la péter » à jouer , avec l’argent public, les richissimes collectionneurs auprès des financial- galleries internationales (de type Sonnabend ou Chantal Croussel : image jointe) ?

Tout, dans l’écosystème des FRAC, pousse structurellement à l’opacité plutôt qu’à la transparence, même si rien n’interdit légalement de publier les prix. Par Marc Vérat
Il existe plusieurs raisons qui expliquent pourquoi les prix d’acquisition restent si peu visibles, alors même qu’ils sont financés par de l’argent public.
La culture administrative française est historiquement peu transparente et les FRAC sont nés dans une logique de commande publique centralisée, héritée des années 1980, où la transparence n’était pas un réflexe. Contrairement à des pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, la France n’a jamais développé le principe du “public money, public data” dans le domaine culturel.
Résultat : les prix ne sont pas publiés par défaut, les institutions ne sont pas incitées à le faire, et personne ne leur demande vraiment de comptes.
L’argument le plus souvent invoqué en interne serait celui de niveler toutes différences de valeur entre artistes, donc de comparaisons défavorables, mais également aussi celui de ne pas perturber le marché des galeries.
Toute transparence pourrait montrer la volatilité du marché, inégal, parfois incohérent. Les FRAC préfèrent éviter d’être les révélateurs de ces tensions.
Les galeries n’aiment pas que les prix soient publics, car cela obère leur capacité à ajuster les prix selon les acheteurs, expose les marges, et rend visibles les éventuels bénéfices. Comme les FRAC achètent souvent par l’intermédiaire des galeries, la discrétion est une forme de concordat avec les professionnels.
Contrairement à d’autres secteurs comme la santé, l’éducation, et bien d’autres infrastructures, les citoyens, peu concernés par l’art contemporain, ne réclament pas de justificatifs. Les élus régionaux eux-mêmes n’en font pas un enjeu, car la culture représente un terrain électoral de second plan.
La crainte diffuse d’être jugés
Publier les prix, c’est exposer des choix esthétiques, des montants engagés, d’éventuels déséquilibres avec une surreprésentation de certains réseaux et d’artistes déjà institutionnalisés.
Les FRAC redoutent que la transparence alimente des polémiques du type “Pourquoi avoir tant payé pour cette œuvre ?” ou “Pourquoi toujours les mêmes artistes ?” La discrétion protège l’institution d’un contrôle citoyen qui pourrait devenir très inconfortable.
La question des prix n’est jamais anecdotique. Elle touche aux problèmes structurels du système culturel français. Qui achètent quoi, pour qui, et pourquoi ? A la sociologie du goût, qui décide de la valeur artistique ? A la relation ambiguë entre État et soutien du marché ou a sa dépendance ?
Rendre les prix publics obligerait à clarifier le système. La transparence du coût des achats des FRAC serait un levier puissant de légitimité démocratique, mais elle exposerait une pratique reposant encore largement sur des équilibres implicites entre institutions, galeries, artistes et élus.
Pourquoi le titre des oeuvres des FRAC est-il souvent en anglais ?
Dans les collections FRAC, les titres d’œuvres sont très souvent en anglais, même lorsque les artistes sont francophones. C’est un faisceau de facteurs historiques, sociologiques et stratégiques. L’anglais est devenu la langue de l’art contemporain globalisé, et les FRAC, en tant qu’institutions d’acquisition, en héritent mécaniquement.
L’anglais est la lingua franca du marché et des réseaux internationaux. Depuis les années 1980, le monde de l’art contemporain s’est structuré autour de foires, biennales, galeries et revues internationales où l’anglais domine.
Les artistes français, adoptent l’anglais en pensant être lisibles dans ce circuit globalisé. Les FRAC, qui achètent beaucoup d’œuvres issues de ces réseaux, importent donc aussi leurs codes linguistiques. Conséquence : un titre en anglais circule mieux, se catalogue mieux, se vend mieux, se montre mieux comme marqueur de contemporanéité
C’est un code social, titrer en anglais, c’est se situer dans la sphère de l’art global plutôt que dans une tradition nationale.
Les écoles d’art françaises ont valorisé une culture théorique anglo-américaine, les élèves formés dans ces milieux ont donc par mimétisme internalisé l’anglais comme langue naturelle de l’art.
Vers une stratégie d’universalisation
Un titre en anglais évite les connotations culturelles trop spécifiques et s’inscrit dans une esthétique chère à l’art contemporain.
Les politiques d’acquisition des FRAC ont privilégié des artistes déjà visibles dans les réseaux internationaux, donc des œuvres inscrites dans des esthétiques globalisées où l’anglais constitue la norme. Résultat : la collection reflète les codes du champ, pas ceux du territoire.
L’usage massif de l’anglais renforce l’impression d’un art dit contemporain en créant une distance symbolique avec les publics locaux, mais il alimente l’idée de la tension entre universalisation et démocratisation.
Pour résumer :
1. Risques institutionnels
Exposition des biais de sélection. La publication des prix rend visibles les déséquilibres : surreprésentation de certains réseaux, achats redondants, manque de diversité esthétique ou géographique. Risque de critiques sur la gouvernance.
Fragilisation des commissions d’achat.
2. Risques politiques
Polémiques médiatiques. Pourquoi payer autant pour telle œuvre ? Risque de récupération politique, surtout dans un contexte de tensions sur les budgets publics.
Les régions financent les FRAC, la transparence peut les exposer à des critiques locales.
3. Risques économiques
Perturbation du marché primaire. Les galeries craignent la rigidification des prix et la comparaison entre artistes. Risque de tensions avec les partenaires commerciaux.
Rendre public un artiste peut être perçu comme injustement valorisant pour les autres.
4. Risques de standardisations
L’anglais, les titres, les prix établissent la norme par excellence du marché.
Les budgets annuels d’acquisition des FRAC varient fortement selon les régions,
mais les ordres de grandeur visibles dans les rapports publics sont généralement compris entre 150 000 € et 260 000 € par FRAC et par an, avec des écarts selon les reliquats et cofinancements.
Ordres de grandeur observés
FRAC Alsace (2020) : budget d’acquisition approuvé de 165 000 €, porté à 228 000 € en budget global d’acquisitions/commandes/soutiens, avec un prix moyen de 6 732 € par acquisition.
Frac Bretagne (2021) : budget d’acquisition de 258 555,99 €.
Nationalement, le ministère de la Culture indique que les FRAC ont dépensé 4,05 millions d’euros en 2020 pour 1 113 œuvres auprès de 469 artistes.
Si l’on prend le total national et qu’on le répartit sur les FRAC au sens large, on obtient une moyenne annuelle d’environ 200 000 € par structure pour les acquisitions, mais cette moyenne masque de fortes différences entre régions et années. Les rapports d’activité montrent surtout que les FRAC fonctionnent avec des budgets de base, puis des ajustements par commandes ou dispositifs de soutien.
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