ART « CONTEMPORAIN » ET DÉCROISSANCE

Mon texte paru dans le magazine  La décroissance

L’art officiel et/ou contemporain est, comme le dit Jacques Ellul,  un art du néant, du non-sens, méprisant le passé pour mieux célébrer l’innovation à tout prix…Oui, c’est un art qui n’a rien à dire au fond, mais qui dispose d’énormes moyens pour le faire savoir.

Ce jugement global vient d’être illustré ou corroboré de la façon la plus éloquente avec l’achat, par le financial artist Anish Kapoor, des droits pour l’exclusivité d’utilisation du noir Vantablack : un noir absolu, né d’une découverte scientifique récente,. Ce droit d’exclusivité fait bien sûr grosse polémique, tant il semble absurde juridiquement et inique à tous égards… mais il faut considérer que cet exemple de « titrisation du néant » s’inscrit dans une suite cohérente d’opérations publicitaires menées par l’artiste et son agence de communication., puisque l’art contemporain est essentiellement  un art de la communication et de l’autopromotion publicitaire.

Ce trou noir illustre bien également ce qu’est le couple formé par l’art officiel d’État et le financial art du grand marché spéculatif. Il nous permet de comprendre le mécanisme pervers qui fait que l’art, en se vidant de toute substance et lumière intérieures, acquiert une faculté de générer une croissance aussi fabuleuse qu’incontrôlable du discours à son sujet, de sa médiatisation  et donc de sa cote sur le marché de l’inepte, et donc de son efficacité comme instrument de pouvoir.

Un des aspects de l’inepte inhérent à cet art de l’enflure, c’est bien cette idée ahurissante que le « progrès » en art existe de la même façon que le progrès scientifique… Une idée aussi absurde et malhonnête intellectuellement que de dire que la beauté ou la vertu ont « fait des progrès » ces siècles derniers, ou bien qu’avec John Cage et Buren on a accompli de gros progrès en musique et peinture depuis Mozart et Jérôme Bosch…

L’artiste auteur du plug anal géant place Vendôme, comme beaucoup d’autres stars du financial art sont soutenus par l’État français, qui met à disposition ses musées et ses lieux patrimoniaux pour l’installation de ces excroissances auto-promotionnelles monstrueuses, exacts équivalents de ces bulles financières dont le dégonflement est inéluctable, mais qui, en attendant,  occultent la création véritable..

La disparition du contenu sensible et l’éradication de la substance véritablement artistique, par quarante ans d’« innovations », c’est-à -dire de ruptures, de déconstructions  et de transgressions systématiques, ont généré, par une sorte de compensation mécanique, une croissance galopante de l’enrobage explicatoire. Nous sommes, en fait, en présence d’un système de nature totalitaire, dont les monumentales manifestations et le délirant discours qui leur est assorti, sont autant d’actions terrorisantes. Mais le comble dans tout ça, c’est de voir tous les nervis de cet appareil de type dictatorial traiter de fascistes, de réactionnaires, de populistes, de ringards, de décroissants, de ruraux et j’en passe, ceux qui osent critiquer l’art contemporain

La bataille pour la sauvegarde de l’art véritable est une bataille pour la liberté et pour la reprise de contrôle par l’humain de ces mécanismes sans foi ni loi, qui détruisent l’art, comme ils détruisent les sols, la faune, la flore naturelles et saccagent l’économie réelle,

La nécessaire  reprise de contrôle de ces mécanismes décérébrés ne peut être faite que par le politique. Mais voilà, il existe une bien-pensance d’ordre idéologique, qui impose la promotion du seul  art labellisé « contemporain » au nom d’un « culturellement et politiquement correct » et qui pour cela doit nier les réalités tant artistiques que sociologiques.

C’est cette bien-pensance-là, arrogante, étatisée, fonctionnarisée, faussement subversive, qui va se prosterner devant plug anal des joailliers de la place Vendôme,  qui va applaudir à la condamnation  des « barbares » qui ont dégonflé et tagué cet énorme produit de la crétinerie artistique officielle, comme elle applaudit à la condamnation des casseurs de pub…

Pour stopper cette excroissance pathologique d’un commentaire de type effet Larsen, pour casser cette gigantesque opération marketing pour du rien, il faut tout simplement y remettre du sens et du vécu. Il faut réhabiliter le dessin, la peinture, la poésie,  l’émotion et le savoir-faire. Comme pour les productions alimentaires et agricoles, il faut cesser de penser monumental et international, il faut redevenir modeste, relocaliser, resocialiser, réenraciner, reterritorialiser l’art et le réinscrire dans la cité. Il faut réinstaller les « circuits courts » pour redécouvrir la quantité de bons artistes proches de chez soi

Il ne s’agit pas là d’une régression, mais d’un réenchantement par la  restauration des valeurs simples et éternelles, qui redonnera à l’art sa vraie contemporanéité, sa fonction sociale et sa mystérieuse vérité intérieure, irréductible à toute analyse et qu’aucune logique « de croissance », qu’elle soit bureaucratique ou financière, ne pourra jamais ni appréhender, ni faire disparaître. Nicole Esterolle

1 thought on “ART « CONTEMPORAIN » ET DÉCROISSANCE”

  1. L’art comptant-pour-rien, ou l’ère du vide, le non-art de l’instant transgressif oublié l’instant d’après dans la consommation effrénée des surfaces médiatiques, dans la fuite en avant des vraies responsabilités culturelles et dans l’ignorance illusoire et fabriquée de la création.

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