
Les Écoles Supérieures d’Art , qu’elles soient nationales, régionales, départementales, cantonales ou municipales, s’inquiètent quant à leur survie face à la restriction drastique des subventions qui les nourrit.
Elles sont en effet financées à plus de 80% par les collectivités territoriales, mais celles -ci sont de plus en plus réticentes à donner de l’argent citoyen à ces instruments de décervelage et d’endoctrinement de la jeunesse à l’art conceptualo-bidulaire dit contemporain et/ou international.
Les élus de ces collectivités osent maintenant courir le risque du procès en réactionnariat , en exprimant leur perplexité devant les œuvres produites par ces écoles et exposées dans les galeries intégrées à ces établissements. ( voir images jointes d’œuvres proposées par la bien nommée Galerie Exutoire, coûteuse annexe de l’ENSA-Dunkerque)


Ces élus constatent également que ces très onéreux appendicules d’auto- monstration n’intéressent que le petit réseau de profs , d’éléves, cultureux branchés entourant ces écoles dites « supérieures » et qui ne servent, en fin de compte, qu’à renforcer l’entre-soi dégénératif de ces réseaux de l’élite culturelle mondialisée..
Voici la lettre éplorée des ESA adressée à Madame Pégard,
Laquelle ne pourra qu’y être attentive, elle qui a placé déjà le homard en plastique de Koons et le canon à viande hachée de Kapoor dans les Château Versailles qu’elle dirigeait alors.
Madame la Ministre,
Nous sommes au regret de vous informer que, si rien n’est fait rapidement, nos écoles risquent de fermer les unes après les autres.
Après celles de Rueil-Malmaison et Perpignan, après celle de Valenciennes qui fermera fin juin de cette année, à qui le tour ? Dans un an, trois ans, cinq ans, quel sera le sort de : Aix-en-Provence, Amiens, Angers, Angoulême, Annecy, Avignon, Bayonne, Biarritz, Besançon, Bordeaux, Brest, Caen, Cambrai, Cherbourg, Clermont-Ferrand, Dunkerque, Épinal, Fort-de-France, Grenoble, Le Havre, Le Mans, Le Port, Lorient, Lyon, Marseille, Metz, Montpellier, Mulhouse, Nantes, Saint-Nazaire, Nîmes, Orléans, Pau, Poitiers, Quimper, Reims, Rennes, Rouen, Saint-Étienne, Strasbourg, Tarbes, Toulon, Toulouse, Tourcoing, Tours, Valence ?
Les places offertes dans les 45 écoles supérieures d’art et design publiques ne suffisent plus à répondre à l’aspiration d’une jeunesse désireuse de créer, demande qui a plus que doublé en 20 ans. Ces écoles sont le maillon central de la filière des arts visuels et du design, lien entre la formation des créateurs, les pratiques amateurs, l’éducation artistique et culturelle, la formation professionnelle continue.
Madame la Ministre, vous avez la tutelle d’un réseau unique d’anciennes académies royales et écoles de fabrique liées aux bassins industriels qui forment les créateurs depuis le XVIIIe siècle. Essentielles au monde à venir, les écoles supérieures d’art et design publiques représentent un vecteur d’innovations et d’imaginaires nourris de savoir-faire anciens et de technologies de pointe. Elles tissent des liens entre passé et futur, alimentent une économie de la connaissance, au profit de la société dans son ensemble.
Madame la Ministre, votre responsabilité s’exerce sur 45 écoles, nationales et territoriales, dont toutes délivrent les mêmes diplômes et dont toutes sont accréditées par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES). Complémentaires et interdépendantes, les écoles nationales et territoriales font réseau, entre elles et avec les milliers de leurs partenaires locaux, nationaux et internationaux, elles imaginent des projets ambitieux, comme EuroFabrique ou Design des territoires, et sont solidaires dans l’accueil d’artistes en exil — autant d’actions qui participent au rayonnement de la France.
Madame la Ministre, le maintien du maillage de l’offre publique des écoles supérieures d’art qui accueillent 45% de boursiers est nécessaire, non pas seulement pour l’égalité d’accès des citoyens et la diversité future des professionnels, mais aussi pour conserver une pluralité de parcours et de spécialités avec un haut niveau d’exigence.
Madame la Ministre, le constat est sévère pour les écoles territoriales :
- Elles sont asphyxiées par un modèle économique incohérent : financées à plus de 80% par les collectivités territoriales, à hauteur de plus de 120 millions d’euros.
- Elles sont au bord du gouffre : 36% ont déjà épuisé leurs réserves, 68% ont un déséquilibre budgétaire structurel.
- Les enseignants souffrent de statuts inadaptés et inéquitables.
- Les étudiants boursiers ne bénéficient pas de l’exonération des frais d’inscription.
Madame la Ministre, sans votre soutien massif, vous laisserez comme héritage la disparition d’un patrimoine tricentenaire qui a formé des générations d’artistes et de designers.
Madame la Ministre, face à cette crise d’ampleur, nous refusons la fatalité. Nous ne voulons pas seulement alerter, nous voulons agir. Face à l’urgence, nous ne voulons pas seulement dénoncer un état de fait, mais proposer une réflexion commune. Nous voulons penser l’avenir des écoles d’art et de design avec vous, avec l’ensemble des parties prenantes, sous l’égide de l’État, pour bâtir un modèle durable et équitable, à la hauteur de leur mission. C’est pourquoi nous vous demandons un rendez-vous : un temps d’échange pour construire collectivement l’avenir de ces établissements, afin qu’ils puissent continuer à former les générations futures, à enrichir la société, à faire rayonner la culture française.
Nous sommes prêts. Nous espérons que vous l’êtes aussi.
Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre très haute considération.
Voir ici :
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De la déliquescence des écoles d’art
Par Marc Vérat

Dans de nombreuses écoles d’art françaises, on a vu émerger une suspicion envers la virtuosité technique, une valorisation de la rhétorique plutôt que de l’œuvre, une injonction à l’expérimentation permanente avec la méfiance envers les médiums traditionnels. Un étudiant qui voulait peindre devait presque se justifier. La peinture devenait un choix non contemporain, sauf si elle était accompagnée d’un discours conceptuel très solide.
En ayant laissé croire à leurs étudiants, durant leurs cinq années finalement de non apprentissage, qu’ils trouveraient quand même une place dans la société correspondante à leur souhait, les écoles d’art et leurs enseignants portent une énorme part de responsabilité. Mais encore faudrait-il en avoir conscience.
Depuis plusieurs années on observe un retour patent touchant l’intéret pour l’image. Cependant les institutions publiques restent suspicieuses et toujours fermées, elles craignent de revenir en arrière, de perdre leur rôle d’avant-garde en validant des vues soi-disant réductrices. Dans l’immédiat, les écoles d’art ne semblent donc pas encore prêtes à renouveler les programmes et leur corps enseignants.
Comment les écoles pourraient-elles réintégrer la peinture ?
En modifiant trois choses : les critères de légitimité, les modes de sélection, et leurs structures même.
C’est avant tout une question de volonté politique et, plus spécifiquement pour les Beaux-Arts de Paris, un grave problème touchant ses directions successives.
La figuration et la peinture ne reviendront pas tant qu’on ne changera pas les mécanismes qui produisent la légitimité artistique. Si on change ces mécanismes, elles reviendront naturellement, non comme un retour nostalgique, mais comme la pluralité retrouvée.
1. Réformer les écoles d’art.
Elles représentent le cœur du système et produisent les futurs acteurs. Aujourd’hui, elles fonctionnent comme des espaces conceptuels anti-techniques. Comme des endroits où la peinture figurative est souvent perçue comme naïve, réactionnaire ou commerciale. Réformes possibles : réintroduire des ateliers de savoir-faire avec de vrais maîtres, la pluralité des jurys et recruter des enseignants sachant vraiment dessiner. Intégrer des historiens d’art dans les comités pédagogiques. Si les écoles changent, tout change.
2. Changer les critères de légitimité.
Jusqu’à présent les écoles valorisent surtout la rupture et le concept. Pour réintégrer la peinture, il faut élargir les critères. Rétablir la maîtrise technique actuellement écartée des jurys. Reconsidérer la fonction narrative et la relation au public, sans tomber pour autant dans le populisme.
3. Réformer les commissions d’acquisition.
C’est par le biais des FRAC, CNAP, musées, que la rupture s’est officialisée. Les commissions sont composées des mêmes responsables d’exposition et de critiques spécialisés. Solutions : diversité et rotation élargie des membres, incluant des peintres, des historiens de la peinture, des représentants du public avec transparence totale des débats et critères. Cela garantira la pluralité.
Avec l’abandon depuis les années 1970 du dessin et de toute technique approfondie, la formation artistique française a basculé vers la primauté du concept et la déconsidération des médiums traditionnels. A cause de cela les écoles n’ont pas formé des artistes mais véhiculé quasi uniquement des discours chargés d’illusions.
En conséquence la peinture est devenue un moyen suspect car elle repose sur un savoir-faire et une matérialité visuelle. Autrement dit, elle ne correspond pas à l’archétype voulu par les écoles.
Par orientation pédagogique et par mimétisme, les enseignants pensant suivre la mode du tout contemporain ont réduit ou marginalisé les cours techniques, qu’ils ont compensé par des séminaires valorisant la démarche conceptuelle. Les étudiants sont encouragés à problématiser, pas à peindre. Celui qui veut quand même peindre doit se former seul, ou à contre-courant de l’institution qui a dévalorisé la matière et qui n’encourage plus sa pratique.
Les écoles d’art françaises sont en continuité directe avec les centres d’art et les FRAC et elles forment leurs élèves pour répondre aux attentes de ces organismes. Donc, si ces derniers valorisent l’installation, la performance, la vidéo, alors les écoles forment des installateurs, performeurs ou vidéastes et la peinture devient dans ces conditions un médium inapproprié. La dévalorisation résulte d’un effet de boucle : les institutions valorisent ce que les écoles produisent, et les écoles produisent ce que les institutions valorisent.
Ainsi la peinture n’est plus un enseignement structuré : pas de pédagogie ni progression méthodique, pas de transmission des maîtrises ni de culture picturale et aucune confrontation avec l’histoire. Elle ne devient qu’un choix individuel sans enseignant qualifié, presque un acte de résistance et un médium non enseigné devient une affaire marginale.
La formation française a fini par hériter d’un anti-académisme devenu académique. Le paradoxe est cruel, les écoles d’art ont voulu rompre avec l’ancien système des Beaux-Arts mais elles n’ont fait que créer un nouvel académisme où, pour être reconnu, on doit produire un discours critique. Ce nouvel académisme est parfois plus rigide que l’ancien.
Rien n’est cependant définitivement établi. En effet, la plupart des jeunes entrants refusent désormais le dogme du tout conceptuel et deviennent demandeurs de formations plus classiques, ils veulent apprendre à peindre et à dessiner, les écoles commencent alors timidement à réintégrer des ateliers de pratique. Le savoir-faire dévalorisé jusqu’alors par le jugement esthétique commence à retrouver la place qu’il mérite dans la formation.
L’intention n’est plus de rester à la marge, mais bien celle d’occuper dans la société une situation cohérente et en adéquation avec les besoins, en ne confondant pas médium et idéologie. La peinture n’est pas forcément conservatrice et peut être politique, subversive, introspective et, pourquoi pas publicitaire.
Le modèle d’enseignement le plus adapté serait un système où les jurys sont pluralistes, les écoles diversifiées, la sélection définie clairement, où la peinture n’est ni dominante ni marginalisée. Ce modèle ne revient pas à la tradition mais réouvre le champ des possibles.
Pendant des siècles, la conformité artistique a reposé sur la maîtrise technique, la singularité stylistique, la matérialité de l’œuvre, la continuité dans une certaine tradition.
Vers les années 1930, les écoles des Beaux-Arts se sont tournées graduellement vers un standard les éloignant du classicisme. Dans ce cadre, la peinture, médium matériel et en quelque sorte artisanal, devient structurellement archaïque. Elle ne critique pas assez et n’innove pas assez.
La France, plus que d’autres pays, a donc construit un système où la légitimité se définit en opposition à la tradition académique, à la virtuosité technique, à la séduction visuelle. Dans ce schéma, la peinture paraît immédiatement équivoque car elle plaît trop facilement et s’inscrit trop dans les habitudes. Donc, la valoriser reviendrait pour l’art dit contemporain à perdre sa position privilégiée, cette posture devient également stratégique.
L’organisation de l’art contemporain prend en compte l’œuvre si elle produit un texte avec un dossier de presse diffusé en premier lieu dans son réseau d’influence. Or la peinture, surtout quand elle est narrative, résiste à cette logique. Elle n’a pas besoin d’un texte pour exister, ni d’un protocole particulier pour être comprise. Dans un système où l’effet d’annonce est monnaie courante la peinture apparaît quelque peu silencieuse et en retard mais cette époque s’achève, le bien-fondé est en train de se reconfigurer dans un paysage devenu enfin pluraliste.
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Arrêtez le carnage en écoles supérieures d’art
Voici un texte que j’avais publié en octobre 2023
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Les éplorations des syndicats des Travailleurs·euses , Artistes-Auteur·ices, plasticiens-ciennes.
Alerte majeure sur l’avenir de l’enseignement artistique dans les Hauts-de-France
Les représentant·es du personnel et les représentant·es des étudiant·es de l’École supérieure d’art | Dunkerque-Tourcoing, avec le soutien des syndicats Force Ouvrière ; CAAP (Comité pluridisciplinaire des artistes-auteurs et des artistes-autrices) ; STAA CNT SO (Syndicat des Travailleur·euses Artiste-Auteur·ices de la Confédération
Nationale des Travailleur·euses – Solidarité Ouvrière) ; CGT spectacle Hauts-de-France ; Snéad-CGT (Syndicat national des écoles d’art et design) et du collectif Travailleur·euses de l’art 59 alertent publiquement sur une menace grave pour l’avenir de l’enseignement supérieur artistique public dans les Hauts-de-France.
Selon les informations portées à la connaissance des équipes et des étudiant·es, un désengagement de la Ville de Dunkerque de l’Établissement public de coopération culturelle (EPCC) à l’horizon 2028 est envisagé. Si cette hypothèse se confirmait, la suppression du financement et la fin de la mise à disposition des locaux mettrait en péril l’équilibre même de l’établissement.
L’Esä│Dunkerque-Tourcoing est un établissement public d’enseignement supérieur artistique, habilité à délivrer des diplômes nationaux du ministère de la Culture. Elle occupe une place structurante dans un réseau de coopérations pédagogiques, artistiques et scientifiques associant institutions culturelles, universités, artistes, chercheur·euses et professionnel·les. Sa fragilisation affecterait directement ces parte-
nariats, les projets de recherche, la création artistique et l’attractivité du territoire.
Dans une région déjà touchée par la fermeture définitive de l’École supérieure d’art et de design de Valenciennes en 2025, la remise en cause de l’existence de l’Esä│Dunkerque-Tourcoing constituerait un tournant critique. Elle priverait dura- blement les Hauts-de-France d’une offre publique essentielle de formation supérieure en art.
Les conséquences seraient immédiates pour les étudiant·es, dont les parcours seraient déstabilisés par l’interruption de projets pédagogiques, de partenariats, d’échanges et de résidences engagés depuis plusieurs années. Elles le seraient tout autant pour les personnels enseignants, techniques et administratifs, confrontés à une incertitude majeure sur l’avenir de leurs missions et de leurs emplois. Au-delà de l’école, c’est tout
l’écosystème régional des arts visuels qui serait affaibli.
Cette situation révèle une impasse structurelle et systémique. Le modèle
de financement actuel des EPCC est devenu intenable pour les collectivités territoriales et inadapté à l’enseignement supérieur. Il met aujourd’hui en danger la survie des écoles supérieures d’art à l’échelle nationale. Un rééquilibrage financier entre les tutelles avec un soutien de l’État renforcé devient indispensable pour assurer l’avenir de ces jalons essentiels à la vie culturelle, scientifique et sociale des territoires.
Nous attendons donc que les tutelles institutionnelles, les responsables au niveau local, régional et national trouvent des solutions, travaillent sur des hypothèses !
Nous condamnons les coupes budgétaires qui touchent la culture à toutes
les échelles. Nous défendons le maintien d’une offre publique d’enseignement supé- rieur artistique en art dans les Hauts-de-France, fondée sur un maillage territorial
cohérent et sur l’égalité d’accès aux études supérieures, dont les diplômes sont recon- nus au grade de Licence et de Master.Pour cela, nous demandons :
• à la Ville de Dunkerque de maintenir son engagement financier et la mise
à disposition des locaux dans l’attente d’une solution pérenne, et d’envisagerà long terme un avenir pour le site dunkerquois de l’Esä│Dunkerque-Tourcoing ;
• à la Ville de Tourcoing de garantir son soutien financier à long terme ;
• à la Région Hauts-de-France de clarifier et de renforcer son engagement
pour éviter l’asphyxie de l’établissement ;
• à l’État de reconnaître pleinement sa responsabilité et d’assumer son rôle
dans le soutien à l’enseignement supérieur ;
• aux tutelles de mobiliser l’ensemble des partenaires institutionnels, et d’envisa- ger de nouveaux apports, notamment de la Métropole Européenne de Lille
et de la Communauté Urbaine de Dunkerque ;
• aux acteurs économiques, scientifiques et culturels du territoire de s’engager concrètement à nos côtés par des partenariats, des mécénats et un soutien public à cette mobilisation.
Dans l’attente de ces garanties, nous resterons pleinement mobilisé·es !
Nous refusons que l’enseignement supérieur artistique public soit sacrifié par des arbitrages budgétaires de court terme. La disparition ou l’affaiblissement de l’Esä│Dunkerque-Tourcoing engagerait une responsabilité politique claire et aurait des conséquences dramatiques et durables pour les étudiant·es, les personnels et l’ensemble de la vie artistique, scientifique et culturelle régionale.
Contact : vosrepresentant.e.sdupersonnelca@esa-n.inf